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  • Transformer l’interrogatoire : Un voyage vers l’entretien éthique

    Transformer l’interrogatoire : Un voyage vers l’entretien éthique
    Eric Shepherd dans le podcast de Davidhorn

    Transformer l’interrogatoire : Un voyage vers l’entretien éthique

    Dans le dernier épisode de « Beyond a Reasonable Doubt », nous avons eu le privilège d’accueillir le professeur Eric Shepherd. Professeur Eric Shepherdune figure emblématique de l’interrogatoire d’investigation. Cet épisode n’a pas été qu’une simple discussion ; il a révélé les profonds changements qui ont transformé les pratiques d’interrogatoire, passant de la coercition à l’interrogatoire éthique.

    Résumé

    • De la coercition à la conversation : Le professeur Eric Shepherd souligne le passage historique d’une « culture de l’aveu », axée sur la coercition, à l’entretien éthique, qui privilégie le respect, la dignité et le dialogue ouvert.
    • Le pouvoir du respect : Shepherd souligne comment le fait de traiter les personnes interrogées avec empathie et respect favorise la confiance et permet d’obtenir des informations plus véridiques et plus complètes au cours des enquêtes.
    • Surmonter les défis : Bien que les entretiens éthiques aient gagné du terrain, les pratiques de la « culture de l’aveu » persistent. Les progrès dépendent de la formation continue, de l’éducation et de l’engagement à respecter les normes mondiales en matière de pratiques d’enquête éthiques.
    En savoir plus

    Le contexte historique

    Le professeur Shepherd nous a ramenés à une époque où l’interrogatoire était synonyme de coercition, une époque où l’objectif était d’obtenir des aveux, quels que soient les moyens utilisés. Il décrit avec force une « culture de l’aveu » où le succès d’un interrogatoire se mesurait à sa capacité à obtenir des aveux de manière rapide et efficace. Cette approche, profondément ancrée dans la culture policière, donnait la priorité aux résultats plutôt qu’aux droits et à la dignité de la personne interrogée.

    Un changement de paradigme dans le maintien de l’ordre

    Le tournant s’est produit lorsque les considérations éthiques ont commencé à s’infiltrer dans ces méthodes traditionnelles. Shepherd se souvient de la résistance à laquelle il a été confronté lorsqu’il a introduit les concepts d’Interviews éthiques dans les années 1980. Son travail a d’abord été accueilli avec scepticisme et rejeté, considéré comme un idéal académique qui n’avait rien à voir avec le monde « réel » de la police. Cependant, ces idées ont lentement gagné du terrain, illustrant la reconnaissance croissante de la nécessité d’un changement.

    L’entretien éthique : la nouvelle norme

    L’entretien éthique, comme l’explique Shepherd, place le respect de la personne interrogée au premier plan. Il s’agit de considérer la personne en face de vous non pas comme un suspect à abattre, mais comme un être humain digne et respectueux. Cette approche n’est pas seulement une question de morale, elle est aussi une question d’efficacité. Shepherd affirme que le respect favorise un dialogue plus ouvert, qui a plus de chances de déboucher sur des informations véridiques et complètes.

    Le rôle du respect

    L’un des moments les plus convaincants de cet épisode est celui où Shepherd évoque le pouvoir de transformation du respect dans la salle d’interrogatoire. Il insiste sur le fait que le respect de la personne interrogée peut conduire à plus qu’une simple conformité éthique ; il peut changer toute la dynamique de l’interaction. Ce respect se traduit par une approche plus empathique, où l’enquêteur cherche à comprendre plutôt qu’à dominer la conversation.

    Défis et résistances

    Malgré les progrès accomplis, M. Shepherd reconnaît que le chemin vers des entretiens d’enquête pleinement éthiques est loin d’être terminé. Il reste des défis à relever, notamment pour faire évoluer la « culture de l’aveu » qui imprègne encore de nombreux services de police. Pour relever ces défis, il faut une éducation et une formation continues, ainsi qu’un engagement en faveur du changement à tous les niveaux de l’application de la loi.

    Regarder vers l’avenir

    L’épisode se termine sur une note d’espoir, Shepherd esquissant l’avenir de l’entretien d’investigation. Il envisage une norme mondiale de pratique où l’entretien éthique n’est pas seulement un idéal, mais un aspect fondamental de toutes les formations et opérations des forces de l’ordre. L’objectif ultime est un système de justice pénale où l’intégrité, le respect et la vérité sont les piliers de chaque interaction.

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      Recevoir, contrôler et conserver les preuves tout au long de leur durée de vie.

    10 février 2025
  • Eric Shepherd sur les Interviews d’investigation – ep.11

    Eric Shepherd sur les Interviews d’investigation – ep.11

    Épisode 11.
    Repenser la salle d’interrogatoire : Le professeur Eric Shepherd sur les Interviews d’investigation

    Rejoignez-nous pour une discussion entre le Dr Ivar Fahsing et le professeur Eric Shepherd. Professeur Eric Shepherdun pionnier de l’entretien d’investigation éthique. Ils explorent l’évolution de l’interrogatoire policier et l’impact significatif des techniques d’interrogation respectueuses et non coercitives.

    Ivar Fahsing discute avec le professeur Eric Shepherd de la transformation du monde de l’interview d’investigation, en soulignant sa profonde évolution. Ils explorent l’influence mondiale des Mendez Centersqui prônent des techniques d’Interviews éthiques qui remettent en question les pratiques policières traditionnelles axées sur les aveux. Soulignant l’importance du respect, de l’empathie et de la compréhension des différences culturelles, la discussion révèle comment ces éléments sont cruciaux pour améliorer le rapport et l’efficacité des Interviews. Le professeur Shepherd critique l’approche pratique de la résolution des problèmes dans la police, qui privilégie souvent la rapidité au détriment de l’éthique, et souligne la nécessité d’un processus d’interview axé sur la conversation et fondé sur le respect mutuel et l’intégrité éthique. L’épisode aborde également l’impact de la culture organisationnelle sur les techniques d’Interviews, les effets significatifs de la qualité des Interviews de témoins sur les Interviews de suspects, et le besoin urgent de recherche sur le rôle des conseillers juridiques et la divulgation stratégique des preuves. Cette conversation perspicace marque un tournant vers des pratiques d’enquête plus respectueuses, plus efficaces et plus respectueuses de l’éthique.

    Principaux enseignements de la conversation sur les Interviews d’investigation :

    1. Les centres Mendez répartis dans le monde entier représentent une avancée significative dans le domaine des entretiens d’investigation.
    2. L’entretien éthique remet en question les pratiques policières traditionnelles.
    3. Le respect et l’empathie sont essentiels pour établir des relations au cours des entretiens.
    4. Les différences culturelles peuvent avoir un impact sur les techniques d’entretien et l’efficacité.
    5. Dans le passé, les policiers ont souvent opéré dans le cadre d’une « culture du coff » qui privilégie les aveux par rapport aux pratiques éthiques.
    6. Les policiers sont des personnes qui résolvent les problèmes de manière pratique, et l’objectif est souvent de « faire le travail ».
    7. Poser des questions peut souvent servir à garder le contrôle et peut être utilisé par la police pour réduire l’anxiété. Les réponses ne sont pas nécessairement traitées avant de poser la question suivante.
    8. Tous les officiers de police, ainsi que d’autres professions, doivent avoir des conversations avec les gens. L’objectif de l’entretien est d’amener les autres à parler, en transformant l’entretien en une activité continue et mutuelle entre deux individus. L’entretien d’investigation est une conversation à but précis.
    9. Les quatre premières minutes d’une rencontre sont essentielles pour établir le respect et la confiance. C’est pourquoi nous saluons toujours quelqu’un au début d’une rencontre. Sans respect, la conversation n’aboutit à rien ; les êtres humains sentent immédiatement qu’ils sont respectés. Pour que l’entretien d’investigation fonctionne, nous devons respecter la personne, l’information et la loi.

    A propos de l’invité

    Prof. Eric Shepherd

    Ancien professeur de sciences de l’investigation, de la sécurité et de la police à la City University de Londres, Eric consacre désormais son expertise à plein temps à Forensic Solutions, une société de conseil spécialisée dans l’amélioration des performances des organisations et des individus en matière de gestion des cas et des risques. Son travail se concentre sur le développement de compétences médico-légales fondamentales telles que la gestion des conversations et des relations, les enquêtes, les entretiens d’investigation et la prise de décision. Avec une formation d’officier de la Royal Marine et de l’Intelligence Corps, et des qualifications en psychologie légale, en psychologie du conseil et en psychothérapie, Eric apporte plus de 35 ans d’expérience diversifiée dans des rôles académiques, cliniques et opérationnels. Il a considérablement influencé les pratiques policières tant au Royaume-Uni qu’à l’étranger, en préconisant des techniques d’entretien d’enquête éthiques, réfléchies et ouvertes d’esprit. Eric a joué un rôle essentiel dans le développement de la gestion des conversations (CM). Il a contribué à jeter les bases de PEACE, le modèle national d’entretien d’enquête au Royaume-Uni. Auteur et formateur respecté, Eric a apporté sa contribution à de nombreuses forces de police et administrations dans le monde entier, dans des domaines aussi variés que la lutte contre le terrorisme, la criminalité économique et la formation des enquêteurs professionnels. Ses projets actuels comprennent l’élaboration de guides sur le CM et de textes collaboratifs sur l’entretien d’investigation. Eric est également disponible pour des consultations d’experts sur les erreurs judiciaires liées aux aveux forcés, démontrant ainsi son engagement à défendre la justice et les normes éthiques dans les enquêtes.

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    Transcription

    Ivar Fahsing :

    Eric Shepherd, bienvenue dans cet épisode du podcast Au-delà du doute raisonnable.

    Eric Shepherd :

    Nous vous remercions.

    Ivar Fahsing :

    Aujourd’hui, nous sommes accueillis par Ivar Fahsing de Dublin. Nous sommes ici aujourd’hui, Eric, à l’occasion du lancement du premier centre irlandais Mendez pour les entretiens d’investigation. C’est un événement historique que d’avoir des centres qui travaillent maintenant dans le pays, qui travaillent dans toute l’Europe pour améliorer la qualité des entretiens dans toute l’Europe et même dans le monde entier. Je dois dire que pour moi, ce qui a vraiment fait de cette journée une journée historique, c’est le fait qu’avec 10 minutes de retard, le Dr Eric Shepherd arrive dans l’amphithéâtre et que cela se passe ici, à Dublin, ce qui a vraiment fait de cette journée une journée historique. Et pour les auditeurs, je dois juste expliquer clairement pourquoi. Pour ceux d’entre vous qui connaissent mon parcours, j’ai commencé à travailler dans la police à la fin des années 80. En 1993, j’ai lu un article intitulé Ethical Interviewing. Je crois qu’il a été publié dans un magazine appelé The Police Review. C’est vous qui l’avez écrit. Au début, cet article m’a beaucoup choqué parce qu’il insinuait en quelque sorte que les entretiens avec la police n’étaient pas éthiques. Il manquait quelque chose. Et vous avez utilisé des mots, si je ne me trompe pas, pour dire qu’il y a une culture du brassard dans la salle d’interrogatoire. Tout à coup, j’ai compris qu’il s’agissait d’une personne qui savait de quoi elle parlait. Et j’ai dû me regarder dans le miroir. Ivar, y a-t-il une culture du brassard dans votre salle d’interview ? Et c’était le cas. Tout d’abord, je tiens à vous remercier d’avoir écrit cet article, car il a définitivement changé ma façon de penser sur la manière dont je faisais mon travail, sur mes relations avec les personnes avec lesquelles j’essayais de travailler, mais aussi sur mes relations avec mes collègues au sein de la police sur la manière dont nous pensions notre propre pratique. Cela a donc été un véritable changement de paradigme pour moi. Plus tard, lorsque nous avons introduit l’entretien d’investigation dans la police norvégienne, cinq ou six ans plus tard, nous ne voulions pas nous contenter d’une semaine de formation. Nous voulions aussi les préparer mentalement et les sensibiliser, leur faire prendre conscience de la situation. Mais à l’époque, je devrais probablement savoir que les forces de police ne sont pas très riches. Nous n’avions donc pas les moyens de traduire toute la littérature existante. Et il n’y avait pas de culture de la lecture dans la police à l’époque. Nous n’avons donc pu traduire qu’un seul document, et c’est le seul qui ait été traduit et distribué à la police norvégienne. Je dis cela en guise d’introduction pour montrer à quel point j’apprécie votre présence aujourd’hui et à quel point cela signifie quelque chose pour moi et à quel point vous êtes important pour mes collègues policiers, du moins en Norvège. C’est donc pour moi un moment très, très spécial.

    Eric Shepherd :

    Nous vous remercions.

    Ivar Fahsing :

    Je rencontre en fait l’un de mes rares héros universitaires. Je sais donc que vous avez également un bagage professionnel, et pas seulement théorique, pour ce que vous faites, ce que vous écrivez et ce que vous dites. Cela m’amène à la première question. Pourriez-vous me dire, ainsi qu’à nos auditeurs, pourquoi vous vous êtes engagé ? Pourquoi avez-vous écrit cet article ? Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux entretiens avec la police et à la manière dont ils ont été menés ?

    Eric Shepherd :

    Par où commencer ? Je suppose que j’ai commencé à travailler pour les services de police un peu par hasard. Si je regarde en arrière, la plupart des choses qui me sont arrivées dans ma vie sont arrivées par accident. J’ai commencé à poser des questions et à m’intéresser aux réponses des gens au début des années 60, dans le cadre d’un cours d’histoire anglaise intitulé « La fin de l’empire ». J’ai travaillé dans un centre d’interrogatoire dans le sud de l’Arabie. Ce qui est intéressant, c’est qu’avant cela, je n’avais jamais réfléchi sérieusement à une question ou à des réponses. En fait, pas du tout. Mais au cours de la dizaine d’années qui ont suivi, par toutes sortes de voies, j’ai été impliqué dans le processus d’interrogatoire et j’ai appris aux gens à résister à l’interrogatoire, vraiment dans un cadre militaire. Mais bien sûr, ce qui s’est passé, c’est que nous avons notre propre histoire au Royaume-Uni, et bien sûr, les gens viennent dans des endroits comme les centres d’interrogatoire pour apprendre à poser des questions eux-mêmes, alors ce que j’ai découvert, c’est qu’au milieu des années 70, j’ai eu l’occasion de retourner au Royaume-Uni et d’étudier la psychologie, mais aussi de suivre une formation clinique et de me qualifier en tant que psychothérapeute et de faire un doctorat sur la nature des gens qui traitent les réponses des gens lorsqu’ils posent des questions, en particulier les médecins. Puis, vers la fin des années 70, j’ai décidé que je devais probablement partir et essayer de ne plus être dans un environnement où l’on travaillait pour Sa Majesté, etc. Je suis donc parti et, par pur hasard, j’ai trouvé un emploi au sein de la police métropolitaine. La police métropolitaine avait eu un problème très torturé en ce qui concerne les troubles civils au Royaume-Uni et en particulier dans la communauté noire du sud de Londres. Il y avait eu des émeutes et d’autres ailleurs. Elle souhaitait vraiment trouver une autre façon d’aborder les gens face à face dans la rue, mais aussi lorsqu’elle les interrogeait. Mon travail consistait donc à travailler au sein d’une équipe appelée Human Awareness Training (formation à la prise de conscience humaine). C’est là que j’ai commencé à essayer de développer un moyen d’expliquer aux officiers de police ce qui faisait réagir les gens lorsque vous leur posiez des questions, lorsque vous étiez en relation avec eux. L’une des choses qui m’a vraiment frappée lorsque j’ai examiné la façon dont les policiers voient leur travail, et c’est tout à fait compréhensible, c’est qu’ils le voient comme un processus. Il s’agit donc d’une séquence d’activités qui leur permet de passer à la suivante si l’activité est réussie. Mais bien sûr, la conversation ne fonctionne pas comme ça. L’une des choses les plus étranges, et encore une fois, vous l’avez mentionnée lors de votre présentation, c’est qu’en se penchant sur ce que l’on appelle la culture du menottage, le menottage étant le mot qui désigne les aveux, les officiers de police, et c’est compréhensible, sont très pragmatiques. Ils sont très terre à terre. Faire son travail peut très facilement devenir une question de rapidité. Et si vous le faites rapidement, c’est encore mieux, etc. Ils sont donc ce que l’on pourrait appeler des résolveurs de problèmes très pratiques. Mais bien sûr, le problème d’être un résolveur de problèmes très pratique est que si vous avez affaire à des êtres humains, vous avez affaire à tout un tas de choses qui se passent à l’intérieur de l’autre personne. Et cela donne lieu à beaucoup de réflexion. Il est difficile de faire dire à un officier de police ce qui se passe à l’intérieur.

    J’ai donc tracé deux lignes allant littéralement d’est en ouest et de haut en bas. À l’extrémité ouest de la ligne qui traverse la page, j’ai inscrit « moi » et à l’autre extrémité de la ligne, j’ai inscrit « l’autre », puis sur la ligne de haut en bas, j’ai inscrit « totalement en contrôle » et « totalement sous contrôle ». Cela a permis de créer quatre quadrants. Ce qui est important, c’est que très souvent, nous constatons que lorsque les gens font leur travail et qu’ils discutent, ils sont vraiment intéressés. Ils se concentrent sur leur propre intérêt, et non sur celui de l’autre personne. Et ce qu’ils veulent, c’est garder le contrôle. Cela signifie qu’ils sont piégés dans un segment où ils se contrôlent totalement, ce qui les destine presque à vouloir dominer la situation, dominer la personne. Ce que j’ai trouvé vraiment étrange, et je ne l’ai jamais dit auparavant, mais dans l’article que vous avez mentionné, j’ai découvert que les policiers posent des questions dans le cadre d’un programme de réduction de l’anxiété. Ils posent des questions pour garder le contrôle. Ils ne traitent pas vraiment la réponse avant de penser à la question suivante. Ce que l’on constate, c’est qu’une grande partie des entretiens historiques avec la police consiste à faire en sorte que la personne confirme ce que l’officier de police a en tête. Je me suis dit que c’était intéressant.

    Ivar Fahsing :

    Comment votre article a-t-il été reçu ?

    Eric Shepherd :

    J’ai travaillé avec le Met au début des années 80, jusqu’en 1983, et j’ai essayé très fort de dire que, pour moi, l’entretien d’investigation, que j’ai inventé en tant qu’expression en 1983, remonte en fait à 1980, lorsque j’essayais de décrire comment gérer une conversation, parce que c’est fondamentalement la même chose. Tous les officiers de police, tous les professionnels, en fin de compte, doivent gérer une conversation avec un autre individu. Et le problème avec la conversation, c’est que beaucoup de gens la considèrent plutôt comme un jeu de tennis où vous avez un filet, vous êtes là, Ivar là-bas. Vous me posez une question, la balle arrive et je la renvoie. C’est un modèle un peu fou, car la conversation ne se résume pas à frapper une balle dans tous les sens. L’autre diagramme que j’avais l’habitude de dessiner pour les officiers de la police métropolitaine était ce joli signe à l’infini, c’est-à-dire une boucle continue. Ce qui se passe en réalité, c’est que, un peu comme vous et moi maintenant, vous me regardez, votre tête bouge, et c’est reparti. Ce qui est important pour moi, c’est que la conversation est en fait une activité mutuelle continue qui se déroule en permanence. Ce n’est pas seulement moi, c’est nous deux. Et ce que je dois faire pour comprendre où nous allons arriver là où j’aimerais que nous soyons en termes de couverture des problèmes, c’est que je dois savoir que je coule en vous et que vous coulez en moi. C’est très compliqué. Mais c’est aussi très simple.

    Ce qui m’a toujours frappé, c’est que les gens utilisent des mots comme première impression. Le problème de la conversation, c’est que la première impression compte. La première chose à faire est de comprendre la conversation et de se familiariser avec elle. L’une des choses que j’ai remarquées, c’est que les personnes qui ne savent pas converser sont inévitablement de piètres questionneurs, parce qu’elles ne s’intéressent pas vraiment à ce que l’autre personne, donc un vrai conversationniste n’est pas celui qui parle tout seul, une vraie conversation consiste à amener l’autre personne à lui dire des choses. Et bien sûr, cela crée un autre type de relation. J’y ai donc pensé, mais si vous amenez les officiers de police, les stagiaires, à réfléchir à la manière dont fonctionne la conversation et si vous les amenez à perfectionner leur capacité à susciter l’intérêt de l’autre personne qui parle, alors vous pourrez les amener à cette question de ce qui serait une conversation à dessein, c’est-à-dire un entretien d’investigation. En effet, un entretien n’est qu’une conversation à but précis. Ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est être tellement obnubilé par l’objectif et par le type de procédures à suivre pour y parvenir que l’on en oublie les principes fondamentaux de la conversation.

    Ivar Fahsing :

    Vous me rendez nerveux.

    Eric Shepherd :

    Pourquoi ?

    Ivar Fahsing :

    Je crains maintenant que ma première idée de l’objectif de cette conversation ne gâche la conversation, mais j’espère que ce ne sera pas le cas. En fait, j’ose répéter la question.

    Eric Shepherd :

    Oui, je continue.

    Ivar Fahsing :

    Qu’a-t-il fait, comment a-t-il été reçu ? Parce que, comme je l’ai dit dans mon introduction, Eric, pour moi, la première fois que je l’ai lu, c’était assez provocant.

    Eric Shepherd :

    Oui. Eh bien, cela s’est passé comme un ballon de plomb, je suppose, en réalité. Le vrai problème, c’est que c’était probablement la bonne idée au mauvais moment. Et il faut être tout à fait juste parce que, dans une certaine mesure, si vous vous reportez 40 ans en arrière, l’occasion en or que j’ai eue a été de passer de la police métropolitaine à l’une des plus petites forces de police de Grande-Bretagne, la police de la ville de Londres, qui se trouve en plein cœur de Londres. Là encore, c’était un accident. Le responsable de la formation, John, m’a appelé et m’a demandé si j’aimerais venir discuter de la formation des agents, car il avait l’idée qu’ils pourraient peut-être améliorer leurs relations avec le public. C’est ainsi que dans les salles de formation, littéralement au sixième étage du commissariat de police de Bishop’s Gate, en face de la gare de Liverpool Street, nous avons présenté aux stagiaires une autre façon d’entrer en contact avec le public et de poser des questions. J’ai mis au point un modèle que j’ai essayé de faire comprendre aux gens : c’est un puzzle, ce n’est pas une chose linéaire. Je l’ai appelé GEMC (salutations, explications, activités mutuelles), ce qui ressemble un peu au signe de l’infini et à la fermeture. Ce que j’ai vraiment essayé de faire comprendre, c’est que l’accueil se fait littéralement dès la première fois que la rencontre a lieu. En fait, vous n’êtes pas salué lorsque vous entrez dans la salle d’entretien. C’était, et c’était un modèle applicable dès le moment où vous rencontriez la personne elle-même, si vous ne l’aviez pas vue auparavant, ou si vous l’aviez rencontrée lors de sa mise en détention, etc. Et bien sûr, pour en revenir à cette question, la période critique pendant laquelle les premières impressions comptent vraiment est celle des quatre minutes. C’est au cours des quatre premières minutes de chaque rencontre que nous prenons nos décisions : faisons-nous confiance à cette personne ? S’intéresse-t-elle à moi ? Et c’est la personne qui regarde vers le policier. Je suppose que cela m’a donné l’occasion de dire que cette salutation était intégrée. Mais ce qui est important dans cette salutation, c’est que vous envoyez des messages sur ce que vous ressentez pour l’autre personne. Pour moi, la notion de respect est fondamentale et, encore une fois, elle a du sens. Au cœur de l’existence humaine, ce qui vous importe, ce qui m’importe, ce qui importe à nos enfants, à leurs amis, à tous ceux que nous avons rencontrés aujourd’hui, c’est que, fondamentalement, nous savons quand quelqu’un ne nous respecte pas. Mais nous savons certainement quand quelqu’un nous respecte en tant qu’être humain. Et cela ne veut pas dire qu’il doit tomber à la renverse et nous donner ce que nous voulons ou quoi que ce soit d’autre. Mais le respect est toujours, toujours détectable. J’ai donc commencé à réfléchir et à me demander quels sont les éléments qui vont de pair avec le respect. Et la première chose, c’est que sans le respect d’un autre être humain, on n’arrive à rien. L’important, c’est que si vous regardez les modèles traditionnels d’interrogatoire, les personnes qui s’attaquent à leur intégrité physique, qui exploitent leurs vulnérabilités, qu’elles soient psychologiques, intellectuelles, développementales ou autres, vous saurez rapidement si la personne qui pose les questions a du respect pour l’autre personne. C’est assez évident. Cela se voit. Si vous êtes un spectateur et que vous voyez cela, que doit-il en être pour celui qui le reçoit ? Pour moi, c’est fondamentalement le respect. Et bien sûr, ce que j’ai essayé de faire avec mes collègues policiers, c’est de leur dire qu’en fait, le respect dans un contexte policier, c’est que vous avez appris à respecter la loi.

    Ivar Fahsing :

    Oui.

    Eric Shepherd :

    Et vous êtes là pour faire respecter la loi. Mais en fait, comme l’a dit Emmanuel Kant, la pierre angulaire du droit est le respect de la personne. En effet, pourquoi y aurait-il des lois si ce n’était pour les gens et l’importance de la régulation d’une société. Si vous dites que vous respectez la loi, vous devez absolument respecter la personne. Pour respecter la personne, il faut donc aussi se demander ce qu’il en est du respect de l’information. La notion d’intégrité est donc omniprésente dans le respect des personnes, le respect de l’information et le respect de la loi. Prenons l’exemple du système américain. Dans le système américain, il est toujours permis de mentir à un suspect. C’est toujours permis. Ils sont toujours autorisés à déformer les preuves afin de progresser dans leur objectif d’obtenir des aveux de la part d’une personne qu’ils croient ou savent coupable. Mais cela m’a toujours troublé parce que vous savez, on peut dire, vous savez, le fruit d’un arbre empoisonné. Mais le problème pour moi, je suppose, c’est que, fondamentalement, chaque fois qu’un officier de police ou quiconque pose des questions, ce que la société fait, c’est de leur faire confiance pour avoir une position morale particulière.

    Et cette position morale doit nécessairement être fondée sur l’éthique. Et il y a vraiment deux façons d’envisager la vie en termes de position morale. Nous avons tous une boussole morale. Nous l’affichons dans notre comportement, que nous soyons un homme ou une femme d’affaires ou autre. La façon dont nous faisons des affaires démontre notre sens moral, la façon dont un clinicien prend une décision à propos de quelque chose, d’une opération, démontre sa position morale. La position morale ne peut donc être que fondée sur des principes, c’est-à-dire qu’elle repose sur la nature de l’obligation envers l’autre individu en tant que semblable. Les Grecs avaient un mot pour cela, comme ils le font toujours, et il s’agit de la logique déontique. Il s’agit de la logique de l’obligation.

    Ou vous pouvez adopter l’autre position, celle que j’ai mentionnée précédemment, à savoir celle de l’opportunisme. Les pragmatiques, les personnes qui vivent, je cite, la réalité, qui vivent la vie de la rue, qui travaillent avec la criminalité, etc. Le dénominateur commun des policiers du monde entier est donc le pragmatisme.

    C’est ainsi qu’ils voient la réalité du monde. Et bien sûr, si vous vivez dans un environnement où l’ensemble de l’organisation, sur le plan de la gestion et de l’organisation, est fondé sur le pragmatisme et la volonté d’accomplir le travail, cela favorisera toujours l’opportunisme comme solution parce que cela permet d’accomplir le travail et que plus vous le faites rapidement, mieux c’est et moins vous utilisez de ressources, mieux c’est. Vous pouvez donc comprendre pourquoi une position qui prône le respect de la personne, le respect de la loi et le respect de l’information n’est pas très populaire.

    Ce qui s’est passé, c’est que nous avons formé des cohortes successives d’officiers de la police de la ville de Londres. Puis, par pure chance, la personne pour laquelle je travaillais au Met a été nommée chef adjoint de la police du Merseyside, et elle m’a demandé d’aller me former là-bas. Elle m’a permis de développer la gestion des conversations et nous l’avons introduite en 1985. C’était la première force de police à former à la gestion de la conversation par opposition aux techniques d’interrogatoire.

    Nous avions l’habitude de recevoir des visiteurs d’autres forces. Nous les formions dans le cadre d’un cours national sur les approches de gestion de la conversation dans le cadre des entretiens d’enquête. Il ne s’agissait pas nécessairement d’essayer de s’assurer qu’il s’agissait de découvrir des faits plutôt que des aveux.

    En 1990, au centre de formation du quartier général de la police métropolitaine, ils ont organisé une conférence sur les interrogatoires de police et je pense que je devais être le troisième orateur. Ce qui s’est passé, c’est que quelqu’un est passé devant moi et a fait la publicité de la technique qu’ils utilisaient dans une grande force de police au Royaume-Uni et qui était en fait fondée sur la technique READ aux États-Unis. Et la technique READ, comme vous le savez, est axée sur la confession. Le type qui était devant moi avait donc fait une bande-annonce sur la façon dont on pouvait envoyer des gens suivre des cours basés sur la technique READ, bien qu’ils l’aient appelée différemment. Je me suis levé et j’ai écrit un article sur l’entretien éthique. Je me souviens d’avoir terminé le document et d’avoir dit : « Les gars, j’ai toujours aimé que les Grecs aient un mot pour cela, un peu comme la logique déontique. Et les Grecs ont un mot qui s’appelle Kyros. Kyros est un joli mot en grec, car il peut signifier l’automne, mais aussi « le moment », « le bon moment » pour faire quelque chose. Vous avez Kronos, qui est le temps chronologique, le temps passé, le temps futur, le temps présent. Kyros, c’est le bon moment, le bon moment pour dire à quelqu’un : « Je t’aime ». Le bon moment pour dire à quelqu’un : « Je te comprends ». Le bon moment pour dire : « Pouvons-nous y réfléchir ? Le bon moment et j’ai dit, les gars, c’est Kyros.

    Ivar Fahsing :

    Fascinant. Je vois maintenant. J’ai manifestement beaucoup appris. Parce que dans ma tête, je sais que l’interview d’investigation commence quelque part, même après cet article. Mais vous me ramenez maintenant aux fondements de certains éléments ici. Et c’est volontiers le cas de certaines des choses essentielles que nous essayons de transmettre en Norvège. C’est pourquoi nous avons dû commencer par une remise à plat de l’éthique et de la morale. Ce respect fondamental de l’être humain que vous rencontrez dans cette conversation. Et si vous ne respectez pas cela, si vous ne maintenez pas cette intégrité, il ne pourra jamais s’agir d’une véritable conversation.

    Eric Shepherd :

    Absolument.

    Ivar Fahsing :

    Je suis donc très heureux de découvrir d’où cela vient réellement. J’ai trouvé une vraie source, je pense. Nous vous remercions. Qu’en pensez-vous ? S’agit-il d’une question de culture ? Dans quelle mesure cela diffère-t-il ? Ces éléments fondamentaux dont vous avez parlé jusqu’à présent dans la conversation sont-ils différents si vous allez en Corée, aux États-Unis, en Afrique ?

    Eric Shepherd :

    C’est une question qui demande beaucoup de réflexion. À mon avis, il est clair qu’il y aura des différences culturelles. Oui, dans les pays où je suis allé, c’est très évident. Mais je suppose que le problème pour moi, et vous réfléchissez peut-être à ce que j’ai dit jusqu’à présent, Ivar, c’est que j’essaie de trouver les points communs entre les gens plutôt que les différences. Et il me semble que fondamentalement, qu’il s’agisse du Japon, de la Thaïlande, de l’Arabie du Sud, de l’Allemagne, de la Norvège, etc. Ce qui m’a vraiment frappé, et j’ai également travaillé en Amérique, c’est que j’ai toujours été très impressionné par le fait que lorsque je parle de questions liées au respect des êtres humains et ainsi de suite, il s’agit en fait de la lingua franca. Les gens le comprennent.

    Mais ce qui me frappe vraiment, c’est qu’il peut y avoir différentes manières de gérer ce processus interactif, mais fondamentalement, je n’ai jamais rien trouvé d’autre que le point commun d’un être humain qui sait qu’il est traité d’une manière qui le respecte pour ce qu’il est. Et c’est une chose intéressante et facile. Il n’est pas nécessaire d’aimer une personne pour la respecter. Le problème, pour moi, c’est que le respect se manifeste par toute une série d’autres comportements qui l’attestent. Si vous pouvez le refléter dans la façon dont vous conversez et interagissez littéralement avec cette personne et dont vous réagissez à ce qu’elle dit et à ce qu’elle ne dit pas toujours, mais qu’elle exprime de façon non verbale dans la façon dont elle vous regarde et dont elle réagit, alors la désolation, le désespoir, la peur, l’incapacité à comprendre tous ces types de problèmes produisent à nouveau de l’apathie. Vous savez très vite qu’une personne n’éprouve aucun sentiment à votre égard, à l’égard de votre position, à l’égard de ce qui s’est passé, à l’égard des circonstances. À l’autre bout, à l’extrémité, se trouve la sympathie, mais au milieu de cette ligne se trouve l’empathie. L’empathie consiste donc à se placer du côté de l’autre personne du cercle et à regarder en arrière. Il s’agit donc d’une clé fondamentale, car vous pouvez alors au moins comprendre ce qui se passe potentiellement dans la tête et dans le cœur de cette personne. Vous ne pouvez pas savoir, vous ne pouvez qu’essayer de vous dire : comment cela doit-il être ? Là où le principe entre en jeu, c’est lorsque vous l’utilisez à leur désavantage. Je pense donc qu’une fois que vous savez comment une personne se situe, c’est là que votre boussole morale entre en jeu. Vous n’exploitez pas sa position en regardant en arrière. On a beaucoup parlé de la façon dont la police interagissait avec les personnes intellectuellement défavorisées. La plupart des policiers savent que quelqu’un n’est pas très intelligent. C’est ce qu’on appelle la compréhension. J’ai vécu dans un village. Le gars coupait l’herbe. Tout le monde savait qu’il n’était pas très intelligent. En fait, les policiers sont des gens très pragmatiques. Je les ai trouvés incroyablement doués pour lire les gens qui ne sont pas très intelligents. L’empathie est donc très importante.

    Je pense qu’il faut aussi soutenir une personne. Et si vous apportez un soutien, même minime, à quelqu’un, vous savez, cela vous rend la pareille. Cela vous permet de mieux comprendre les problèmes de cette personne. Et bien sûr, vous pouvez nous soutenir. Oui. Mais il faut aussi être positif. En fait, vous avez un travail à faire. Vous devez voyager pour voyager, mais vous pouvez aussi dire que ce qui compte, ce n’est pas ce que vous faites, mais la façon dont vous le faites. C’est une belle phrase ? Je pense que l’autre chose est que vous devez être ouvert avec une personne. Parfois, vous ne pouvez pas tout révéler et il y a des choses qui n’ont pas de sens pour vous. Mais nous savons qu’en fait, un certain degré d’ouverture est essentiel. Car cette ouverture est tout autant liée à la notion d’explication et de compréhension du pourquoi, du pourquoi maintenant, du pourquoi ici, de ce genre de questions. Et je pense que l’autre chose que les gens savent très bien à propos du respect, c’est que les autres comportements, les gens savent très vite quand vous portez un jugement. Je pense donc que ne pas porter de jugement, c’est en fait faire preuve d’impartialité.

    L’autre chose qui va de pair, je pense, c’est ce qu’on appelle le franc-parler. Vous dites des choses que la personne comprendra. Par conséquent, l’empathie dit que cette personne est intellectuellement désavantagée. Elle est désavantagée sur le plan du développement. Il faut donc lui parler de manière à ce qu’elle comprenne le monde à sa manière. Enfin, je suppose que la dernière chose à faire, c’est de revenir au point où nous en sommes aujourd’hui. Pourquoi sommes-nous en relation les uns avec les autres ? Fondamentalement, il n’y a que deux formes de relations dans la vie qui apparaissent lorsque vous rencontrez une personne. Soit vous parlez à travers la personne, c’est une relation transversale, soit c’est une relation de haut en bas, vous voyez ? Et si vous occupez une position comme celle d’un officier de police, il est très facile de glisser dans la position haute, ce qui crée automatiquement une personne dans une position basse. Les relations haut-bas se retrouvent donc chez les enseignants, à la mairie, chez les médecins, chez les parents, parfois chez les enfants, etc. Les relations haut-bas sont donc très symptomatiques des organisations, qui sont en fait, dans le cas des services de police, à l’origine de tout le processus d’enquête, dont l’entretien d’investigation n’est qu’une partie. Ce qui me frappe vraiment, c’est que les façons positionnelles d’envisager la conversation sont fatales, absolument fatales, parce qu’à mon avis, si vous parlez en face d’une personne, elle sait que vous lui parlez en face. Ce que j’ai fait ici, Ivar, c’est de dire qu’au centre se trouve le respect, mais que le respect se manifeste par l’empathie, le soutien, la positivité, l’ouverture, l’absence de jugement, le fait de s’adresser directement à quelqu’un et de lui parler d’égal à égal. C’est ce que j’ai découvert au début des années 60 en interrogeant des terroristes. Je pense qu’interroger des terroristes sera toujours stressant. C’est un véritable défi et je ne savais pas à l’époque que j’étais en train de mettre en évidence quelque chose que j’ai ensuite écrit sous la forme d’un acronyme : la réponse, vous savez, le respect, l’empathie, le soutien de ce positif et, bien sûr, c’est logique parce que dans les quatre premières minutes, c’est ce que vous mettez en évidence dans votre réponse. C’est tout.

    Ivar Fahsing :

    C’est cela. Je peux le sentir, il y a une certaine énergie qui va, qui est plus intense entre nous quand vous parlez de cas évidents d’injustice. En quoi cela vous motive-t-il, Eric ? Et quel est le lien avec notre conversation sur les entretiens et la gestion des conversations ?

    Eric Shepherd :

    Pendant la plus grande partie de la première période de travail avec les services de police, j’ai examiné les problèmes que l’on pouvait qualifier d’inconduite, de mauvais traitements et de toutes sortes d’autres problèmes. Ce qui m’a vraiment frappé, c’est qu’il était trop facile de blâmer la personne à qui l’on confiait la tâche d’exécuter quelque chose qui était presque préprogrammé. Vous l’avez très bien décrit au début de la culture du brassard. Ce qui me frappe vraiment, c’est que ce qui est le plus apparent, c’est notre prise de conscience de l’institutionnalisation de l’aveu. Cela s’est produit au 19e siècle, avec la création des forces de police. La toute première force de police a été créée au Royaume-Uni avec le Maine et la police métropolitaine. Mais vous pouvez constater qu’en fait, avant cela, les systèmes de justice fonctionnaient grâce à des personnes qui obtenaient des aveux. À la fin des années 1900, l’idée que nous avions besoin de détectives s’est imposée. La toute première force de détectives a donc été créée, avec seulement une demi-douzaine de détectives au sein de la police métropolitaine, approuvés par le ministère de l’Intérieur. Ce qui est intéressant, c’est qu’il s’agissait de preuves testimoniales. Et ce qu’ils voulaient, c’était de grands pragmatiques. Ce que vous pouvez constater, c’est qu’ils lisaient instantanément la situation. Ils arrivaient à une théorie de cas, puis ils se demandaient où se trouvait le suspect probable. Le suspect entrait dans le cadre et l’objet de l’exercice était d’obtenir des aveux de cette personne. Ce qui m’a vraiment frappé lorsque j’ai commencé à travailler pour la police métropolitaine en 1980, c’est que la police métropolitaine, en tant que modèle des services de police britanniques, mais aussi d’autres services de police, était prise au piège dans toute cette affaire d’aveux. Comment obtenez-vous des aveux ? Comment l’obtenir rapidement ? Bien sûr, vous n’arrêtiez pas le suspect, vous l’invitiez au poste de police, vous l’ameniez au poste de police car il n’était pas en état d’arrestation. Ils ne bénéficiaient d’aucune protection juridique. Ils étaient donc détenus là, pas en état d’arrestation, mais au secret. Ils ne disaient pas aux gens s’ils étaient présents lorsqu’ils étaient arrêtés, par exemple à leur domicile ou ailleurs, sur leur lieu de travail, où ils avaient été emmenés. Ils ne savaient donc pas où ils se trouvaient. Le dénominateur commun est donc que les personnes seront incarcérées psychologiquement. Et bien sûr, ce qui se passe ensuite, c’est qu’on les laisse transpirer. L’important, c’est qu’à l’époque où nous connaissons les êtres humains, la plupart d’entre eux ne supportent pas l’isolement. Et donc, une fois qu’ils sont sortis de l’isolement, il y a cette énorme pression interne pour dire quelque chose plutôt que rien, n’importe quoi à n’importe qui. Pour moi, l’essentiel est donc que vous vous engagiez dans une démarche presque programmatique pour inciter une personne à se confesser. Et ce qui me semble intéressant, c’est qu’une fois de plus, vous pouvez le constater de manière répétée dans le monde entier, dans différentes cultures. Ce qui se passe, c’est qu’une fois que la personne est d’accord avec ce qu’on lui présente comme étant arrivé, tout l’objet de l’exercice est de la contraindre, de la faire capituler. Il y a eu deux ou trois décisions au Royaume-Uni. En fait, ce que vous faites, c’est contraindre une personne. Et lorsque vous contraignez une personne, ce que vous faites, un peu comme la méthode Reed en Amérique, c’est que vous l’incitez à cesser de dire ce qu’elle aimerait dire, comme « je suis innocent, je ne sais rien », et que vous l’incitez à dire ce qu’elle ne dirait pas, c’est-à-dire « c’est moi qui l’ai fait, tout va bien ». Une fois que vous avez examiné la dynamique de l’ensemble, le point important est qu’à ce stade, lorsque la personne dit, d’accord, je l’ai fait, ce qui se passerait alors, dans le contexte britannique, c’est que les officiers auraient un, ce qui serait un formulaire de déclaration en haut, ils écriraient la légende sur le fait de vous donner leur libre arbitre et d’autres choses de ce genre au bas de la page. Ils remettaient ensuite le formulaire à l’individu, qui l’écrivait. Mais comme il n’y avait pas d’enregistrement, personne n’a jamais su qu’en fait, la personne écrivait ce qu’on lui demandait d’écrire. Ainsi, ce qui ressemblait à une confession contenait très souvent des mots, etc. Et si vous regardez, la preuve en est que je parie qu’en tant qu’officier de police norvégien, lorsque vous regardez les anciennes confessions, elles étaient toujours chronologiques. Or, les êtres humains ne racontent pas des histoires de manière chronologique. Ils contenaient également du vocabulaire, des expressions et des éléments que le policier souhaitait y voir figurer. Les choses qu’ils ne voulaient pas y voir figurer seraient laissées de côté. L’important, c’est que les documents des officiers de police étaient entièrement égocentriques. Et bien sûr, il a été incroyablement difficile de prouver que c’était le cas. L’une de mes plus longues affaires d’erreur judiciaire concernait un homme qui avait passé 27 ans en prison. Il m’a fallu environ 13 ans de travail sur cette affaire pour arriver à prouver que ce n’étaient pas ses paroles. Mais ce qui est important pour moi, c’est que le chemin parcouru nous permet aujourd’hui, grâce aux progrès scientifiques, à la technologie, à la vidéosurveillance et à toutes ces autres questions, de savoir que les preuves testimoniales sont importantes, mais qu’elles ne sont probablement pas suffisantes pour prouver qu’il s’agit bien de paroles. Bien que les preuves testimoniales soient importantes, ce sont probablement les témoins qui sont les plus importants.

    Et je me suis surpris à dire, en fin de compte, que si l’on ne parvient pas à interroger correctement les témoins, on ne parviendra jamais à interroger correctement les suspects. Car si vous y réfléchissez bien, le parent pauvre de l’interrogatoire, de l’interrogatoire d’enquête, a été l’interrogatoire des témoins. Nous consacrons tous nos efforts à l’interrogatoire des suspects. Nous pourrions avoir des entretiens spécialisés avec les témoins. Nous pourrions avoir des entretiens sur des cas particuliers et d’autres choses similaires, pour ainsi dire. Mais en fait, ce qui se passe, c’est que les preuves testimoniales, qui comptent toujours, sont générées par des femmes et des hommes qui disent réellement : « Racontez-moi ce qui s’est passé ». La grande majorité des témoignages ne sont pas enregistrés électroniquement. La grande majorité d’entre elles sont écrites par un officier de police qui révise mentalement ce qui lui est dit. Ce que nous savons sur le plan psychologique, c’est que si je suis un policier et que j’ai interrogé la personne A, la personne B, la personne C, lorsque j’arrive à la personne D, j’ai déjà un état d’esprit qui influence la façon dont je vais façonner ce que cette personne va dire. Ce que vous constatez, c’est que la qualité des entretiens avec les témoins dans le monde est désespérément faible. Cela s’explique par le fait que l’on se fie à la capacité de l’être humain à conserver sa mémoire, à sa disposition d’esprit, à ses préjugés de confirmation et à sa propre théorie sur ce qu’il pense s’être passé, etc. Une déclaration de témoin est donc toujours un reflet très édité et subjectif de ce que la personne a réellement dit. Si vous interrogez ensuite un suspect sur la base d’un nombre X d’entretiens avec des témoins et que vous n’avez pas d’ADN, pas de vidéo, pas ceci, pas cela, vous comprenez pourquoi je dis que si vous n’interrogez pas correctement les témoins, comment pourrez-vous jamais interroger correctement les suspects ? Enfin, je pense qu’il est tout à fait approprié de poursuivre les recherches sur la manière dont les gens interrogent les suspects dans le cadre d’une enquête. Cependant, je voudrais soulever une question très problématique. Pouvez-vous me dire combien d’articles de recherche vous avez lus sur la façon dont les gens font face à la présence d’un conseiller juridique lors d’un entretien et si ce conseiller juridique s’engage dans ce que l’on appelle la défense active ? C’est très important, car la plupart des modèles que vous voyez sont dépourvus de conseiller juridique. Mais l’autre élément qui me paraît vraiment important, ce sont les déclarations préparées.

    Mais la question la plus importante pour moi est que j’ai toujours été déconcerté par l’inattention portée à un fait très fondamental. Si un conseiller juridique conseille un suspect, toute la planification du monde ne suffira pas à résoudre le véritable problème lié à ce que l’on appelle la divulgation, la divulgation des preuves. Si vous introduisez la notion de rencontre entre un enquêteur et un conseiller juridique avant le début de l’entretien, ce conseiller juridique s’appuiera sur ce que l’on appelle la divulgation. Il conseillera donc son client. La réponse de ce dernier repose en grande partie sur la décision prise par ce conseiller juridique à l’égard de l’enquêteur. L’utilisation stratégique des preuves pourrait, et corrigez-moi si je me trompe, être ramenée à cette idée. Vous pouvez la réduire à cette idée. Il s’agit de retarder la divulgation de quelque chose jusqu’à ce que vous pensiez que c’est le bon moment pour le dire. Vous souvenez-vous de ce mot grec, kyrok, le bon moment ? Eh bien, je dois dire que, oui, il faut faire des choix difficiles. Mais si je suis conseiller juridique et qu’il n’y a pas de divulgation ou une divulgation limitée, alors mon client ne répondra pas à vos questions, ce qui pose un réel problème de recherche. Ou bien mon client va produire une déclaration écrite, et la plupart des déclarations préparées à l’avance sont généralement courtes, sans engagement et ne rendent que très peu compte de ce qui leur a été dit. Il serait donc vraiment stupide de la part d’un conseiller juridique de permettre à ses clients de rédiger une déclaration complètement absurde, manifestement mensongère, etc. Quoi qu’il en soit, si vous êtes un enquêteur, c’est le prochain niveau de difficulté que nous devons résoudre. Comment gérer les décisions relatives à la divulgation et à la collaboration avec les conseillers juridiques, car il s’agit d’un problème intéressant qui doit faire l’objet de recherches.

    Ivar Fahsing :

    Absolument. Je peux dire que ce que vous dites génère beaucoup de problèmes, mais il faut bien sûr replacer tout cela dans son contexte.

    Eric Shepherd :

    Absolument.

    Ivar Fahsing :

    C’est comme si vous me rameniez à nos premiers programmes nationaux de formation en Norvège à la fin des années 1990 et au début des années 2000, où nous venions d’une culture où l’on essayait en fait de réduire l’impact du conseiller juridique, voire de le faire sortir de la pièce. J’ai demandé ce que cela signifiait pour votre relation avec ce conseiller juridique. Comment pouvez-vous l’activer ? Cela peut vous donner un équilibre dans cette Interviews. Il est évident que nous ne devrions pas aller trop loin dans les différences nationales lorsqu’il s’agit de droit procédural. Mais bien sûr, dans un pays comme la Norvège, ce n’est pas ce conseiller juridique qui aura tous les documents lorsqu’il arrivera au poste pour vous dire que vous êtes là. Et bien sûr, il peut y avoir des choses que vous ne pouvez pas partager avec votre client à ce stade. Mais vous devez savoir que c’est là que nous commençons. C’est en quelque sorte la base de vos conseils. C’est le premier point, qui est différent en Norvège et en Angleterre, par exemple. Par ailleurs, en Norvège, si vous êtes un suspect, votre droit de ne pas être interrogé, votre droit au silence est absolu. Vous pouvez littéralement quitter la pièce. Vous n’êtes pas obligé de rester assis. Je pense qu’il est absolument consternant de voir, dans une société aussi civilisée que l’Angleterre et le Pays de Galles, que quelqu’un est obligé de s’asseoir et de ne faire aucun commentaire. Pas de commentaire. Si je ne veux pas interagir avec vous, je ne veux pas interagir avec vous. Je pense que c’est un droit humain fondamental. C’est également différent dans le contexte des Interviews et je pense que cela fait quelque chose. Vous savez ce que vous avez dit au début, l’intégrité. Il s’agit simplement d’un aspect juridique qui vous interdit de quitter la pièce.

    Il s’agit également d’une violation fondamentale de l’intégrité humaine, je pense également qu’il s’agit d’une violation au moins de certaines idées fondamentales concernant la charge de la preuve et le droit à la liberté.

    Eric Shepherd :

    Je suis tout à fait d’accord. Il me semble qu’il faut être sensible aux différences entre les pays du monde. Je ne reproche pas aux gens de se comporter comme ils le font compte tenu des circonstances dans lesquelles ils se trouvent. J’ai parlé de boussole morale. Soit vous avez des principes, soit vous êtes dans l’opportunisme. Vous ne pouvez donc pas être à la fois opportun et fondé sur des principes. La question que je me pose alors est la suivante : la preuve de notre sens moral, c’est notre comportement. Et notre comportement est la preuve de notre état d’esprit. L’état d’esprit est une disposition à penser, à raisonner, à interpréter, à prendre des décisions et à agir d’une certaine manière. Voilà donc votre état d’esprit. Dès la petite enfance, les êtres humains sont très, très vulnérables au développement d’un état d’esprit adapté aux circonstances dans lesquelles ils se trouvent. C’est le cas d’un enfant face à ses parents dans la famille. On constate donc que les êtres humains sont particulièrement enclins à développer un état d’esprit fixe. Cet état d’esprit fixe est celui qui répond à la récompense. Et les êtres humains réagissent à la récompense. Ce que nous savons, c’est que les personnes qui se voient confier la tâche d’enquêter ou de mener des entretiens d’investigation montrent qu’elles sont prêtes à agir d’une manière pour laquelle elles seront récompensées. Est-ce qu’on va leur donner un : Vous avez un brassard. Bravo pour votre confession. Vous l’avez fait rapidement. Au fait, vous avez une promotion. En tant que psychologues, nous devrions voir que nous pouvons développer, et à juste titre, des approches, que vous souhaitiez les considérer de manière linéaire, qu’il s’agisse de votre préparation et de votre planification, de votre engagement et de votre explication, de votre compte rendu, de votre clarification, de votre remise en question, de votre conclusion, de votre évaluation et ainsi de suite. Ce que vous pouvez voir, c’est que tous ces types d’approche, qu’il s’agisse de l’accueil, de l’explication, de l’activité mutuelle, de la clôture, etc. du GMAC, ce que nous savons, c’est que les gens suivront ce qu’ils pensent être le modèle, mais en réalité, ce qu’ils mettent en œuvre, c’est leur état d’esprit, qui montre leur position morale. Il y a donc toujours des gens. En tant que psychologues, nous devons donc prendre du recul et nous demander comment développer l’environnement managérial dans lequel ce que nous disons est, d’accord, une théorie de cas. Eh bien, nous devrions vraiment penser en termes de théories de cas alternatives, et non pas en termes d’une seule théorie de cas. Et pensons à ce que l’on dit des preuves provenant des services de renseignement ou d’autres sources. Plutôt qu’une seule explication, pensez à une explication alternative et à une autre. Que disent les avocats lorsque vous vous présentez au tribunal ? Officier, je vous ai dit qu’il y avait une autre explication. Et bien sûr, les officiers de police sont pris au dépourvu. Je n’ai pas pensé à cette explication. Pour moi, l’essentiel est donc que pour faire l’effort de sortir et d’examiner différentes séries de cas, vous devez examiner les preuves. Et ce que nous constatons aujourd’hui, c’est que l’analyse fine, la maîtrise des détails, leur compréhension, est une activité fondamentale qui se situe en dehors de la situation de l’entretien. Ce que nous devrions faire, c’est former les gens à gérer les détails, à créer différentes théories de cas, à évaluer les preuves, à prendre du recul et à se dire « d’accord ». Vous et moi avons travaillé dans des équipes d’enquêteurs et ce que nous savons, c’est que l’on se tourne toujours vers le chef, le leader, le chef qui, souvent, qu’il le veuille ou non, qu’il en ait vraiment l’intention, a tendance à détenir le monopole de l’idée de la théorie de l’affaire. Et bien sûr, ce qui se passe vraiment dans le monde des autres organisations, c’est comment inviter les autres personnes à contribuer au traitement ? Je pense donc que la prochaine étape de l’interview d’investigation consistera à étudier le fonctionnement des équipes d’enquêteurs et la manière dont ils travaillent sur l’ensemble du processus d’élimination des préjugés, en combattant toutes les formes possibles de préjugés, dont la plupart naissent d’une chose appelée préjugé de confirmation. Je pense qu’il y a là un domaine très riche pour Mendes, qui dit, regardons comment l’organisation fonctionne, comment l’équipe fonctionne, comment cela fonctionne et la psychologie qui s’y rattache.

    Ivar Fahsing :

    Je vais maintenant essayer de conclure. Merci beaucoup et j’espère que nous pourrons vous inviter à nouveau à une prochaine occasion.

    Eric Shepherd :

    Je ne peux que m’en réjouir. Merci pour votre patience. Merci beaucoup.

    En savoir plus

    31 janvier 2025
  • Mise en œuvre des principes de Mendez

    Mise en œuvre des principes de Mendez
    Podcast avec le professeur Dave Walsh sur les principes de Mendez

    Mise en œuvre des principes de Mendez : L’importance de la formation et de la pratique dans les Interviews d’investigation

    Dans un contexte de mondialisation rapide, la recherche de normes uniformes dans les pratiques des services répressifs, en particulier dans les entretiens d’enquête, n’a jamais été aussi pressante. Cette question et celle de savoir si les principes de Mendez peuvent jouer ce rôle ont été au centre d’une récente discussion avec le professeur Dave Walsh. Professeur Dave Walsh sur le podcast « Beyond a Reasonable Doubt« , animé par le Ivar Fahsing.

    En savoir plus sur le lancement du manuel de l’ONU

    The UN Manual on Investigative Interviewing has been launched 

    Résumé

    • L’initiative ImpleMendez : Une collaboration mondiale réunissant des experts en droit, en psychologie et en criminologie afin d’améliorer les pratiques d’entretien d’enquête et de promouvoir des normes éthiques.
    • Formation et adaptation : Une formation rigoureuse et continue permet aux enquêteurs d’affiner et de faire évoluer leurs compétences, ce qui garantit que les techniques restent efficaces et équitables.
    • Les principes de Mendez : Un cadre pour des entretiens d’investigation éthiques qui respectent la dignité, l’équité et les droits de l’homme tout en évitant les erreurs judiciaires.
    En savoir plus

    L’initiative ImpleMendez : Une approche collaborative

    Le professeur Walsh a présenté l’initiative ImpleMendez, un réseau mondial qui rassemble des professionnels du droit, de la psychologie et de la criminologie afin d’améliorer les résultats de la justice. En encourageant la collaboration et le partenariat, l’initiative vise à affiner les pratiques d’entretien d’enquête et à promouvoir des méthodes éthiques et efficaces à l’échelle mondiale.

    La formation, pierre angulaire de l’excellence

    Au cœur de l’initiative ImpleMendez est l’accent mis sur une formation rigoureuse. M. Walsh a souligné l’importance de ne pas se contenter d’acquérir des compétences, mais de les appliquer et de les affiner en permanence. Une pratique régulière incite les enquêteurs à évaluer et à adapter leurs techniques de manière critique, afin que les entretiens évoluent avec l’expérience et l’exposition.

    Défendre les droits de l’homme grâce aux principes de Mendez

    Les principes de Mendez constituent un cadre global pour l’éthique des entretiens d’investigation. En donnant la priorité à la dignité, à l’équité et au respect des droits de l’homme, ces principes visent à prévenir les erreurs judiciaires et à instaurer la confiance dans le processus d’enquête.

    Relever les défis de la mise en œuvre des principes de Mendez

    L’adoption de normes mondiales n’est pas sans difficultés. Les systèmes juridiques, les contextes culturels et les disparités de ressources posent des défis à la mise en œuvre des principes de Mendez. Toutefois, le dialogue sur ces obstacles favorise l’évolution et l’adaptation, garantissant que ces normes restent pertinentes dans diverses régions.

    Favoriser l’apprentissage continu pour la justice

    Le professeur Walsh a souligné l’importance de créer une culture de l’apprentissage continu au sein des services répressifs. Une formation solide combinée à l’adhésion à des normes mondiales telles que les principes de Mendez permet aux enquêteurs de contribuer à un système juridique plus juste et plus équitable.

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    22 janvier 2025
  • Patrick Tidmarsh sur la transformation des enquêtes sur les crimes sexuels

    Patrick Tidmarsh sur la transformation des enquêtes sur les crimes sexuels
    Épisode du podcast avec le Dr. Patrick Tidmarsh

    Seuls 2,6 % des crimes sexuels font l’objet d’une inculpation. Patrick Tidmarsh sur la transformation des enquêtes sur les crimes sexuels

    Dans le dernier épisode de « Beyond a Reasonable Doubt », le Dr Patrick Tidmarsh fait la lumière sur certaines des questions les plus pressantes dans le domaine des Interviews d’investigation, en particulier en ce qui concerne les enquêtes sur les crimes sexuels et les crimes basés sur les relations. Le Dr Tidmarsh, expert renommé ayant des décennies d’expérience dans le traitement des délinquants et la formation de la police, discute avec le Dr Ivar Fahsing de l’impact profond de son concept « The Whole Story » sur les enquêtes criminelles.

    Résumé

    • Transformer les enquêtes sur les crimes sexuels: L’approche « The Whole Story » du Dr Patrick Tidmarsh préconise une compréhension holistique des délinquants et des victimes, ce qui modifie la manière dont les crimes sexuels sont enquêtés et traités au sein des systèmes de police.
    • Remettre en question les idées fausses: La discussion met en lumière des questions essentielles, notamment les faibles taux de signalement (5 % seulement dans les 72 heures) et le mythe du nombre élevé de faux signalements, qui est plutôt de l’ordre de 5 %. Elle aborde également l’impact de la misogynie enracinée sur la confiance des victimes et la qualité des enquêtes.
    • Impact et progrès: En mettant en œuvre des programmes de formation fondés sur « Toute l’histoire », les enquêteurs ont réduit les attitudes de culpabilisation des victimes, amélioré le traitement des affaires et augmenté de manière significative la satisfaction des victimes, ouvrant ainsi la voie à des pratiques policières plus empathiques et plus efficaces.
    En savoir plus

    L’approche de l’histoire complète

    L’approche du Dr Tidmarsh met l’accent sur une compréhension holistique des enquêtes sur les crimes sexuels. Il soutient qu’une action policière efficace doit commencer par une compréhension approfondie des délinquants, qui à son tour clarifie les expériences et les réactions des victimes. Son approche a introduit de nouvelles dimensions et de nouveaux outils pour les praticiens, modifiant fondamentalement la manière dont les crimes sexuels sont traités dans les différents systèmes de police.

    Rapports et idées fausses

    L’une des données les plus frappantes abordées dans le podcast est la statistique alarmante selon laquelle seulement 5 % des victimes d’abus sexuels signalent le crime dans les 72 heures. Ce délai est important, non pas parce qu’il implique une quelconque faute de la part de la victime, mais parce qu’il met en évidence les immenses défis auxquels les victimes sont confrontées lorsqu’elles se manifestent. Le Dr Tidmarsh note que les barrières sociétales et systémiques, telles que la misogynie enracinée dans les services de police, découragent souvent les victimes de porter plainte. Historiquement, les affaires de crimes sexuels n’étaient pas considérées comme un travail de police digne de ce nom et étaient souvent reléguées aux marges du monde policier.

    Misogynie et police

    La discussion porte également sur la question omniprésente de la misogynie dans les services de police, en particulier en ce qui concerne la manière dont les affaires de crimes sexuels sont traitées. Le Dr. Tidmarsh souligne que cela n’affecte pas seulement la qualité de l’enquête, mais aussi la satisfaction et la confiance des victimes dans le processus de justice. Toutefois, il a été démontré que les programmes de formation qui intègrent l’approche « The Whole Story » réduisent considérablement les attitudes de culpabilisation des victimes parmi les enquêteurs et améliorent le traitement global de ces affaires délicates.

    Taux de fausses déclarations

    Un autre sujet essentiel abordé est l’idée fausse qui entoure les fausses dénonciations. Contrairement au mythe répandu selon lequel les fausses déclarations sont nombreuses dans les crimes sexuels, la recherche indique que le taux de fausses déclarations se situe en réalité entre 2 % et 10 %, plus vraisemblablement autour de 5 %. Le Dr Tidmarsh souligne que la plupart des personnes qui signalent des crimes sexuels disent la vérité, et qu’une meilleure compréhension de la nature de ces crimes peut aider les enquêteurs à identifier la vérité de manière plus efficace.

    Impact et orientations futures

    L’approche « The Whole Story » a non seulement modifié les pratiques d’enquête, mais a également eu un impact mesurable sur la façon dont les victimes perçoivent leur traitement par la police. Après la mise en œuvre d’une formation spécialisée et d’approches telles que celles préconisées par le Dr Patrick Tidmarsh, les taux de satisfaction des victimes se sont considérablement améliorés. Cette évolution est cruciale dans un paysage où la confiance dans la police est essentielle pour une justice efficace.

    Conclusion

    Les contributions du Dr Patrick Tidmarsh aux entretiens d’investigation mettent en lumière une évolution importante vers des pratiques policières plus empathiques, mieux informées et plus efficaces. Son travail continue d’influencer et de remodeler le traitement des crimes sexuels et relationnels dans le monde entier. Il vise à favoriser un système judiciaire qui comprenne et respecte véritablement les expériences des victimes tout en recherchant rigoureusement la vérité. Alors que nous attendons avec impatience de nouvelles innovations dans ce domaine, il est clair que les bases posées par des experts comme le Dr Tidmarsh joueront un rôle essentiel dans l’élaboration des pratiques futures en matière de justice pénale.

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    10 janvier 2025
  • Interrogatoire policier : science et pratique avec Mark Fallon

    Interrogatoire policier : science et pratique avec Mark Fallon
    Interrogatoire policier : science et pratique avec Mark Fallon

    J’étais persuadé qu’une personne innocente n’avouerait pas un crime qu’elle n’a pas commis. J’avais tort -Mark Fallon

    Après le succès de la première saison, notre podcast « Au-delà du doute raisonnable » est de retour avec de nouveaux épisodes animés par le Dr Ivar Fahsing. Dans les prochains épisodes, l’universitaire et praticien de renom s’attachera à interroger quelques-unes des plus grandes légendes de l’Interviews d’investigation et de l’Interrogatoire de police pour discuter du fossé entre la théorie et la pratique et de l’abandon de l’interrogatoire « de bon sens » au profit d’un interrogatoire basé sur la science.

    Résumé

    • Mark Fallon’s Advocacy for Ethical Interrogation (plaidoyer de Mark Fallon pour un interrogatoire éthique) : Ce blog met en lumière la longue carrière de Mark Fallon au sein du NCIS et son passage de l’utilisation de méthodes d’interrogatoire sévères à la promotion de techniques d’interrogatoire humaines, efficaces et éthiques, détaillées dans son livre « Unjustifiable Means » (Moyens injustifiables). Ses efforts visent à rapprocher les pratiques américaines des normes européennes, qui accordent la priorité aux droits de l’homme et à la dignité.
    • Contrastes dans les pratiques d’interrogatoire: Fallon souligne les différences significatives entre les méthodes d’interrogatoire aux États-Unis et en Europe, en particulier la transition plus lente aux États-Unis des techniques coercitives telles que les techniques d’interrogatoire renforcées (EIT) vers des pratiques plus éthiques, telles que la méthode ORBIT, qui s’aligne sur la recherche scientifique et les normes juridiques.
    • Impact des normes éthiques sur la justice: Le post souligne le potentiel de changements profonds au sein du système judiciaire grâce à l’adhésion à des normes éthiques, en mettant en évidence la façon dont les méthodes d’interrogation empiriques et respectueuses non seulement renforcent la crédibilité des forces de l’ordre, mais garantissent également le respect de la justice et de la dignité humaine.
    En savoir plus

    Nous commençons par une conversation avec Mark Fallon, ancien enquêteur du NCIS et défenseur d’un interrogatoire éthique. Sa carrière s’est étendue sur plusieurs décennies et a été marquée par des changements importants dans les pratiques d’interrogatoire de l’armée et des services de renseignement américains. Dans le dernier épisode de « Beyond a Reasonable Doubt », ses réflexions révèlent de grandes différences entre les méthodes américaines et européennes et soulignent l’évolution actuelle des États-Unis vers des pratiques plus humaines en matière d’application de la loi.

    Tout au long de sa carrière, M. Fallon a participé à des enquêtes majeures, notamment le premier attentat contre le World Trade Center et l’attentat à la bombe contre l’USS Cole. Ces expériences l’ont exposé aux dures réalités et à l’inefficacité de la torture, ce qui l’a poussé à s’orienter vers la promotion de techniques d’interrogatoire humaines et efficaces. Son livre, « Unjustifiable Means », explore les aspects troublants des méthodes d’interrogatoire américaines et sa croisade personnelle contre celles-ci, en plaidant pour une évolution vers des entretiens basés sur le rapport et conformes aux principes des droits de l’homme.

    Contrairement à de nombreux pays européens, où les normes éthiques et les droits de l’homme sont de plus en plus intégrés dans les pratiques des forces de l’ordre, les États-Unis ont toujours été plus lents à abandonner les méthodes coercitives d’interrogatoire de la police, telles que les techniques d’interrogatoire renforcées (EIT). Le plaidoyer de M. Fallon met en évidence la nécessité pour les États-Unis de s’aligner plus étroitement sur les pratiques qui donnent la priorité à la dignité humaine et à la justice dans les méthodes d’interrogatoire (c’est-à-dire la méthode ORBIT).

    M. Fallon souligne la nécessité d’aligner les méthodes modernes d’interrogatoire de la police sur la recherche scientifique et sur des normes juridiques strictes afin d’éviter les erreurs du passé et de renforcer la crédibilité des forces de l’ordre. Son expérience montre comment les normes éthiques peuvent entraîner des changements significatifs dans le système judiciaire, en garantissant des méthodes empiriques qui améliorent la qualité des enquêtes et des méthodes d’interrogatoire qui respectent la justice et la dignité humaine.

    Son histoire n’est pas seulement celle du passage d’un interrogatoire traditionnel à un entretien éthique ; c’est aussi celle d’un engagement en faveur de la justice et de l’impact profond que la persévérance et les principes d’un individu peuvent avoir sur la scène mondiale.

    Pour comprendre toute l’étendue de ces questions et le potentiel de changement positif, écoutez la discussion d’Ivar Fashing avec Mark Fallon, où ils explorent comment la détermination et l’éthique peuvent apporter des améliorations significatives, même dans les environnements les plus difficiles.

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    17 décembre 2024
  • Davidhorn CEO – Børge Hansen – message de fin d’année

    Davidhorn CEO – Børge Hansen – message de fin d’année

    Message de fin d’année de Børge Hansen, PDG de Davidhorn

    Alors que nous clôturons une nouvelle année de succès chez Davidhorn, rejoignez Sigrun Rodrigues, notre directrice du marketing, et Børge Hansen, notre directeur général, qui se penchent sur les réalisations et les étapes remarquables de 2024.

    Dans ce bilan complet de fin d’année, découvrez les innovations révolutionnaires de notre technologie d’interview recordings pour la police. Découvrez comment nos solutions de pointe ont amélioré les capacités d’Interviews des enquêteurs et soutenu les systèmes de justice pénale dans de nombreuses juridictions.

    Découvrez comment nous avons stratégiquement étendu notre empreinte mondiale grâce à de nouveaux partenariats avec des organismes internationaux chargés de l’application de la loi, des distributeurs de technologie et des organisations du secteur de la justice. Notre réseau de collaboration s’étend désormais sur plusieurs continents, apportant des solutions d’enregistrement avancées aux services de police et aux unités d’enquête du monde entier.

    Cette conversation perspicace couvre les principaux faits marquants de l’année, notamment les lancements de produits majeurs, les percées technologiques, les réussites des clients et la reconnaissance de l’industrie. Sigrun et Børge discutent des défis relevés, des leçons apprises et des décisions stratégiques qui ont façonné la trajectoire de croissance de Davidhorn tout au long de l’année 2024.

    Écoutez ce bilan complet de notre année de transformation et découvrez en exclusivité nos projets passionnants, nos innovations à venir et nos initiatives stratégiques à l’horizon 2025. Ne manquez pas cette occasion de comprendre comment Davidhorn continue de mener l’évolution de la technologie d’enregistrement des interviews de police.

    16 décembre 2024
  • Mark Fallon sur les interviews de la police – ep.07

    Mark Fallon sur les interviews de la police – ep.07

    Épisode 07.
    Je croyais qu’une personne innocente n’avouerait pas un crime qu’elle n’a pas commis. J’avais tort. – Mark Fallon sur les Interviews de la police

    Dans cette interview, Ivar Fahsing s’entretient avec Mark Fallon, ancien agent spécial du NCIS et expert en contre-terrorisme, qui a consacré sa carrière à la réforme des pratiques d’interrogatoire aux États-Unis.
    Critique virulent de la torture et des méthodes d’interrogatoire contraires à l’éthique, Interviews M. Fallon défend des techniques d’interrogatoire policier humaines et éthiques, conformes à la sécurité nationale et aux droits de l’homme.

    Dans cette conversation, Mark Fallon fait part de sa vaste expérience en matière d’Interviews d’enquête et de police et de lutte contre le terrorisme, détaillant ses expériences au sein du NCIS et l’impact du 11 septembre sur les pratiques d’interrogatoire. Il évoque les implications éthiques des techniques d’interrogatoire, en particulier dans le contexte du programme des techniques d’interrogatoire renforcées (Enhanced Interrogation Techniques, EIT), et souligne l’importance de la recherche dans l’élaboration de méthodes d’interrogatoire efficaces. M. Fallon revient également sur son livre « Unjustifiable Means », qui critique le recours à la torture et plaide en faveur d’un traitement humain des détenus. Il souligne la nécessité d’un changement culturel au sein des forces de l’ordre afin d’adopter des méthodes fondées sur la science et l’importance du maintien de l’intégrité dans les services de police.

    Principaux enseignements de la conversation sur les Interviews de police :

    1. L’impact du 11 septembre a modifié les pratiques d’interrogatoire aux États-Unis.
    2. Les considérations éthiques relatives aux interrogatoires sont primordiales, en particulier en ce qui concerne la torture.
    3. La recherche joue un rôle crucial dans l’élaboration de techniques d’interrogatoire efficaces.
    4. Le livre de Fallon « Unjustifiable Means » critique l’utilisation de la torture dans les interrogatoires.
    5. Des changements culturels dans la police sont nécessaires pour une application efficace de la loi.
    6. Une police vertueuse peut contribuer à rétablir la confiance dans les forces de l’ordre.
    7. Le public est de plus en plus conscient et intolérant des pratiques policières trompeuses.
    8. Un entretien efficace consiste à établir un rapport et une compréhension.
    9. La formation continue est essentielle pour les professionnels de l’application de la loi.
    10. Mark Fallon a mené une brillante carrière dans la lutte contre le terrorisme et les interviews d’investigation.

    A propos de l’invité

    Mark Fallon

    Mark Fallon est un expert en sécurité nationale, un témoin expert, un auteur reconnu et le cofondateur du projet Aletheia au John Jay College of Criminal Justice. Mark Fallon a été membre du comité directeur international de 15 experts chargé de superviser l’élaboration des principes de Mendez sur l’entretien efficace dans le cadre des enquêtes et de la collecte d’informations.

    Il a travaillé pour le gouvernement pendant plus de trente ans, notamment en tant que directeur adjoint du NCIS pour la lutte contre le terrorisme et cadre supérieur de la sécurité intérieure, en tant que directeur adjoint pour la formation au Federal Law Enforcement Training Center (FLETC). Il est l’ancien président du comité de recherche du High-Value Detainee Interrogation Group (HIG) et de la section IMPACT de l’Association internationale des chefs de police. Il fait partie du conseil consultatif du Center for Ethics and the Rule of Law (CERL) de l’université de Pennsylvanie, dont il a été le directeur exécutif par intérim. Il est le fondateur du cabinet de conseil stratégique ClubFed, LLC.

    Mark Fallon est l’auteur de « Unjustifiable Means : The Inside Story of How the CIA, Pentagon and US Government Conspired to Torture » et il est l’un des auteurs/éditeurs de « Interrogation and Torture : Integrating Efficacy with Law and Morality, (Oxford University Press, 2020) et « Interviewing and Interrogation : A Review of Research and Practice Since World War II » (TOAEP, 2023). (source : LinkedIn)

    Écoutez aussi sur Youtube

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      Recevoir, contrôler et conserver les preuves tout au long de leur durée de vie.

    Transcription

    Ivar Fahsing :

    Aujourd’hui, nous accueillons l’éminent Mark Fallon dans notre podcast « Beyond A Reasonable Doubt ». Nous vous souhaitons chaleureusement la bienvenue, Mark.

    Mark Fallon :

    Merci. C’est un plaisir d’être avec vous, Ivar.

    Ivar Fahsing :

    Je ne sais pas par où commencer, Mark, en essayant de présenter brièvement à nos auditeurs votre parcours professionnel. Mais je peux au moins dire que pour moi, vous êtes le symbole de cette évolution aux États-Unis. Je sais que vous avez travaillé au sein du service d’enquête en tant que commandant adjoint, que vous avez été profondément impliqué dans les premières attaques terroristes modernes aux États-Unis et que vous avez également été responsable de la formation au niveau national pour les agences fédérales américaines. Mais peut-être pourriez-vous donner à nos auditeurs une image un peu plus large de votre parcours professionnel. Et comment vous en êtes arrivé à faire des interviews d’investigation.

    Mark Fallon :

    Oui, merci. Merci pour votre accueil. Vous savez, je décris souvent l’interrogatoire comme un environnement adaptatif complexe. C’est un long continuum. Et ma carrière et ma trajectoire se sont déroulées le long de ce continuum qui m’a propulsé dans des situations très difficiles où j’ai dû prendre des décisions et m’appuyer sur une expertise et des connaissances que je n’avais pas nécessairement à l’époque. Et c’est, vous le savez, le fait d’être au NCIS, le Naval Criminal Investigative Service, qui est l’une des caractéristiques de cette institution, de fournir un soutien à l’US Navy et à l’US Marine Corps. Ainsi, lorsque quelque chose se produit, le NCIS est l’agence qui mène les enquêtes criminelles, le travail de contre-espionnage ou la lutte contre le terrorisme. Aujourd’hui, le cyberespace joue un rôle beaucoup plus important que lorsque j’étais en service actif. Mais c’était eux qui étaient chargés de résoudre les problèmes pour que l’armée puisse continuer à fonctionner. C’est ce qui s’est passé au cours de ma carrière. C’est ce qui s’est passé lors du premier attentat contre le World Trade Center. J’ai été impliqué dans l’affaire de ce que l’on appelle le « blind shake », Omar al-Aqda al-Rakman, conseiller spirituel d’Oussama ben Laden. Ensuite, lorsque le USS Cole a été attaqué, j’ai dirigé le groupe de travail sur le USS Cole. À l’époque, j’étais le chef du contre-espionnage du NCIS pour les divisions Europe, Afrique et Moyen-Orient.

    J’avais donc cette partie du monde pour le NCIS, pour le contre-espionnage, le globe est divisé en trois sections différentes. J’étais chargé des sections les plus dangereuses et les plus menacées, à savoir le Moyen-Orient, l’Europe et l’Afrique. La principale tâche de cette section consistait à émettre des avertissements sur les menaces. Ma division était donc installée au même endroit que le Centre d’alerte antiterroriste de la marine, l’ATAC, qui permet d’alerter les forces de la marine et du corps des marines, la flotte, en cas de menaces imminentes. Cet ATAC, aujourd’hui appelé MTAC (Multiple Threat Alert Center), a été créé après l’attentat à la bombe contre la caserne des Marines à Beyrouth, lorsque le rapport post-action a établi que les renseignements disponibles auraient pu permettre au personnel militaire sur le terrain d’être mieux préparé.

    Mais il n’était pas possible de les mettre entre les mains de ces opérateurs. La marine s’est donc tournée vers le NCIS et lui a demandé d’établir cette capacité. Et franchement, nous avons échoué. L’USS Cole a été attaqué le 12 octobre 2000. Mais il existait des renseignements sur les attaques potentielles de petits bateaux. Nous disposions de ces renseignements. Et bien sûr, 17 personnes, des marins, sont mortes ce jour-là.

    Je suis devenu ce que le NCIS appelait le commandant de la task force USS Cole, en collaboration avec le FBI. Il s’agissait donc d’une entreprise de grande envergure pour le NCIS en particulier, qui a réellement modifié l’organisation. L’ATAC est devenu le MTAC, et le NCIS a créé sa propre division antiterroriste, la Direction, qui relevait à l’époque du contre-espionnage. Cela m’a propulsé dans un rôle majeur dans une enquête de premier plan sur le réseau terroriste Al-Qaïda, alors que lors du premier attentat contre le World Trade Center, je ne savais même pas ce qu’était Al-Qaïda. C’est ainsi que j’ai été propulsé sur ce terrain. Puis, bien sûr, lorsque les attentats du 11 septembre ont eu lieu et que le président George W. Bush a pris la décision de recourir aux commissions militaires plutôt qu’aux tribunaux fédéraux de district pour traduire les terroristes en justice. J’ai été détaché du NCIS au département de l’armée pour travailler directement pour l’officier secrétaire à la défense afin de mettre en place un groupe de travail qui n’avait jamais existé auparavant, pour être le bras investigateur de cette nouvelle procédure de commission militaire. À ce titre, j’ai dû concevoir un groupe de travail, déterminer qui devait en faire partie et quelles devaient être ses compétences. Quelles devraient être vos compétences ? Comment vous aligner ? Quelle devrait être votre structure de commandement ? Quel est votre système de rédaction de rapports ? Toutes ces questions, dans quel bâtiment allez-vous les traiter ? Ce genre de choses.

    Lorsque cela s’est produit, j’étais l’enquêteur en chef d’Al-Qaïda pour les États-Unis, dans le cadre de la procédure de la commission militaire. Honnêtement, j’avais le poids du monde sur les épaules. Vous savez, le ministère de la défense s’était tourné vers moi pour mettre en place ce groupe de travail et traduire en justice ceux qui nous avaient attaqués le 11 septembre. Tel était notre objectif. Le président a déclaré que le système des tribunaux fédéraux de district était impraticable pour juger les terroristes.

    Il a été transmis au commandant général de l’Army CID, le commandement de la division des enquêtes criminelles de l’armée, qui est l’élément de l’armée responsable des enquêtes criminelles, ce qui est différent, les services fonctionnent tous différemment. L’armée ne combine donc pas ses capacités de contre-espionnage avec ses capacités d’enquête criminelle. L’équivalent du FBI, du NCIS ou de l’OSI de l’armée de l’air ne le faisait pas. Le CID de l’armée n’avait donc pas de connaissances approfondies ni d’expérience du travail au sein de la communauté du renseignement parce que cela ne faisait pas partie de son portefeuille principal. Lorsque j’ai été affecté au CID de l’armée, j’ai donc dû les aider à comprendre ce que c’était que de travailler dans le domaine du renseignement.

    Ainsi, lorsque j’ai créé mes unités d’enquête spécifiques, elles comprenaient toutes des enquêteurs criminels et des analystes de renseignements. Chaque unité avait son propre avocat en raison des lois particulières qui pouvaient s’appliquer. Et chacune avait un psychologue opérationnel ou un spécialiste du comportement. L’armée n’avait jamais procédé de la sorte.

    Au cours de ma carrière, le NCIS avait fait un usage très efficace des psychologues opérationnels pour soutenir les opérateurs. Ainsi, lorsque j’ai reçu la mission de créer une task force d’investigation, la première chose que j’ai faite a été de me dire que je devais faire appel à une base de connaissances dont je ne disposais pas. J’ai donc créé ce que nous appelons l’équipe de consultants en sciences du comportement ou « Biscuit ». Nous avons donc fait appel à une expertise que nous n’avions pas. Nous avons notamment fait appel à des psychologues opérationnels d’autres entités de la communauté du renseignement, dont la CIA, pour nous aider à concevoir la méthodologie que nous allions utiliser pour mener nos entretiens et nos interrogatoires. Parce que cela ne ressemble à rien de ce que nous avons connu auparavant. Je veux dire que 3 000 personnes ont été tuées au World Trade Center. Le Pentagone a été attaqué. Un avion destiné à frapper le Capitole a été abattu à Chancho, en Pennsylvanie. Les États-Unis ont donc été attaqués sur le plan économique. New York, le centre économique des États-Unis. Militairement, le Pentagone et notre gouvernement lui-même, le Capitole. Il s’agissait donc d’une attaque contre la démocratie, contre notre mode de vie ici aux États-Unis. Nous étions remplis de rage. Et les décisions prises à l’époque étaient basées, à mon avis, sur la peur, la peur de la prochaine attaque, la peur de ce qui s’était passé.

    L’ignorance, le fait de ne pas comprendre la nature de cette attaque, et l’arrogance, le fait de penser que nous pouvons simplement faire cela, ce que nous avons fait avec le programme EIT (techniques d’interrogatoire renforcées) et les reditions, que nous pourrions faire cela, et que personne ne le saurait jamais.

    C’est une attente irréaliste et ce que beaucoup de gens ne comprennent pas, c’est qu’au départ, tout le monde devait recevoir notre programme de formation et savoir comment mener ces entretiens avant d’être déployé, avant de s’y engager. Et tout était basé sur les rapports. Il s’agissait d’établir votre rapport. Il s’agissait de comprendre l’état d’esprit du Moyen-Orient. C’était exactement le contraire des techniques d’interrogatoire renforcées (Enhanced Interrogation Techniques, EIT). Alors que les psychologues opérationnels de la communauté du renseignement, y compris de la CIA, m’aidaient à mettre en place des méthodes d’enquête et d’interrogatoire basées sur les rapports parce que nous savions qu’elles étaient les plus efficaces, la CIA a confié la torture à des psychologues contractuels qui n’avaient aucune expérience d’Al-Qaïda, aucune expérience en matière d’interrogatoire, et les a vraiment entraînés sur une voie qui a créé d’incroyables problèmes pour les États-Unis. Mais ce qui était unique dans ces enquêtes, du point de vue d’un enquêteur criminel, c’est que normalement, lorsqu’un crime est commis, il y a une scène de crime et des suspects. Dans ce cas, nous avions des suspects et nous ne savions pas quel crime ils avaient pu commettre, n’est-ce pas ? Parce que nous avons balayé toutes ces personnes, que nous les avons placées en garde à vue et que nous devons maintenant déterminer ce qu’elles ont pu faire. Non seulement en vue d’éventuelles poursuites, mais aussi en vue de leur libération et, dans mon groupe de travail, davantage d’enquêteurs ont mené des affaires qui ont abouti à la disculpation ou à la libération de détenus.

    Ensuite, j’ai travaillé pour le ministère public. L’écrasante majorité d’entre eux n’ont rien fait. Parce que les personnes qui étaient vraiment les plus coupables étaient emmenées dans des sites noirs plutôt que d’être confiées à des enquêteurs criminels.

    Je sais que c’est une longue histoire pour répondre à votre question, mais ce qui s’est passé, c’est que c’est ce qui a été le catalyseur du mouvement ici aux États-Unis. Ce qui s’est passé, c’est que le gouvernement a reconnu, bien avant le public et ceux d’entre nous qui travaillaient sur les dossiers, bien avant le reste du gouvernement, que la manière dont nous menions les interrogatoires, en particulier le programme EIT, était contre-productive. Non seulement elle ne permettait pas d’obtenir des informations précises et fiables, mais elle permettait d’obtenir des informations peu fiables. Nous obtenions des informations inexactes sur la base desquelles des décisions mal informées et erronées étaient prises. C’est pourquoi, en 2006, 2005, 2006, le président Bush a voulu essayer de résoudre ce problème. Nous avions à Guantanamo toutes ces personnes qui n’auraient jamais dû s’y trouver.

    Nous disposions de ressources considérables pour tenter de les rapatrier, de les libérer, de les transférer, car leur place n’était pas au GITMO. Et nous en assumions la responsabilité. Nous détenions des personnes qui n’avaient rien à faire là et nous perdions certainement notre crédibilité auprès de la communauté internationale, car il s’agissait manifestement de membres d’Al-Qaïda de haut rang.

    Il s’agissait de personnes qui étaient, comme je l’appelle dans mon livre, des « bébés primes », n’est-ce pas ? Nous avons payé une prime pour des personnes que nous soupçonnions d’être des extrémistes. Et nous avons acheté beaucoup de gens, j’ai parlé de trafic d’êtres humains dans mon livre, n’est-ce pas ? Nous les avons achetés et nous les avons envoyés au GITMO, où nous avons dû les trier. Dans le cadre de cet effort, le bureau du directeur du renseignement national a commandé une étude intitulée « Inducing Information ». Cette étude a été menée par le Dr Robert Fine et Brian Voskull, tous deux membres de l’équipe de consultants en sciences du comportement que j’avais créée. Comme je l’ai dit, mon expérience au NCIS m’a appris que je n’avais pas toutes ces connaissances et que je devais m’appuyer sur celles des autres pour pouvoir prendre une décision éclairée à l’intention des dirigeants de la marine ou, dans le cas présent, des dirigeants du ministère de la Défense, sur la direction à prendre. Cette étude était le…, et ils sont venus au FLETC quand j’y étais, j’étais le directeur de l’Académie NCS et le directeur adjoint pour la formation au Bureau fédéral du centre de formation. Les responsables de l’étude sont venus me voir et m’ont dit qu’ils aimeraient examiner la manière dont vous formez les enquêteurs. Nous les avons invités et ils ont examiné l’académie du FBI et l’académie de la police locale, le département de la police de Boston, et ce qu’ils ont découvert aux États-Unis, c’est que cela faisait plus de 50 ans que le gouvernement américain n’avait pas investi de ressources significatives dans les raisons pour lesquelles quelqu’un nous parlait. Aujourd’hui, en Europe, que ce soit dans le cadre de PACE ou de PEACE, vous étiez bien plus avancés dans la recherche, essentiellement en raison des abus commis par l’IRA, et c’est la réaction excessive de l’État qui a provoqué le changement de mentalité en Europe, n’est-ce pas ? Et c’est la même chose aux États-Unis. La réaction excessive de l’État a conduit à une étude qui a dit, attendez une minute.

    Ainsi, en 2009, lorsque le président Obama a été élu, l’un de ses premiers décrets, le 13491, a déclaré que nous ne torturerions plus. Cependant, nous devons comprendre, nous devons connaître les meilleures méthodes pour obtenir des informations précises et fiables afin de protéger notre sécurité nationale.

    C’est vrai. Et c’est ce qui différencie quelque peu la fondation PEACE de la fondation américaine HIG (The High-Value Detainee Interrogation Group), qui a été créée à la suite de ce décret, c’est que l’objectif, la principale fondation en Europe était axée sur les droits de l’homme afin d’obtenir des informations.

    Le fondement des États-Unis est que nous devons protéger notre sécurité nationale, mais que nous devons le faire dans le respect de la loi. Il s’agit donc d’un petit changement d’inflexion et d’orientation. C’est la raison pour laquelle je m’insurge lorsque j’entends des gens qui ont peur de prononcer le mot « interrogatoire », qui est bénin, car l’ensemble de l’appareil avait pour but d’interroger les services de renseignement. C’est vrai. Il ne s’agissait pas d’entretiens d’investigation.

    Et puis, bien sûr, un entretien est un entretien est un entretien, n’est-ce pas ? Il n’y a donc pas de différence entre les deux. Il s’agit donc de mener des entretiens efficaces, n’est-ce pas ? Et lorsque vous menez un entretien, c’est ce que nous avons dû faire, vous avez dû obtenir des informations et vous avez eu besoin du plus grand nombre de données possible.

    Je compare souvent cette situation à celle d’un cybernéticien ou d’un informaticien : tout est un ou un zéro, n’est-ce pas ? Vous obtenez des uns et des zéros. C’est la même chose lors d’un entretien : vous obtenez des uns et des zéros. La façon dont vous l’appliquez peut relever de l’intelligence. Il peut s’agir de preuves. Cela peut simplement vous permettre de mieux comprendre quelque chose. L’objectif est donc de mener un entretien efficace afin d’obtenir des données qui peuvent être analysées et appliquées. Ces données peuvent servir à disculper quelqu’un. Elles peuvent servir à prendre une décision plus éclairée quant à l’affectation des ressources, etc. Le mouvement américain a donc été créé à la suite d’abus en matière d’interrogatoire. Le mouvement en Europe a été créé à cause des abus en matière d’interrogatoire.

    L’objectif est donc de tirer les leçons de ces expériences. C’est ce qui a donné naissance à ce que nous avons ici aux États-Unis, à savoir le groupe d’interrogation des détenus de grande valeur au plus haut niveau. Pour ma part, j’ai été propulsé dans ce groupe parce qu’on m’a demandé de faire partie du comité de recherche du HIG, d’en être le premier président et de participer à l’instruction des premiers interrogateurs qui ont suivi le programme de formation du HIG. Ainsi, pour la première fois, j’ai commencé à m’impliquer dans un effort de collaboration avec les chercheurs, plutôt que de me contenter d’utiliser le produit, ce que j’en avais compris ou ce que quelqu’un d’autre m’en avait dit, mais de travailler réellement aux côtés des chercheurs.

    J’ai écrit un article dans Applied Cognitive Psychology, à l’occasion d’une édition spéciale sur les interrogatoires, pour expliquer comment la collaboration entre les scientifiques et les praticiens améliorera la pratique et la science. Car il m’est apparu clairement que de nombreux chercheurs ne comprenaient pas la pratique. Ils ne la comprenaient vraiment pas. Et quand je vois la manière dont certaines études sont conçues, il est clair que ce n’est pas le cas. Et il est clair pour moi que les praticiens ne comprennent pas la recherche. L’objectif est donc de combler ce fossé afin que les deux travaillent à la réalisation des objectifs de l’autre. Ainsi, la recherche informera mieux la pratique, mais la pratique informera mieux la recherche également.

    Ivar Fahsing :

    Mark, vous avez dit à plusieurs reprises : dans mon livre, parce que le premier ouvrage que j’ai lu de vous, pour être honnête, était un livre intitulé  » Les moyens injustifiables « . Pourriez-vous nous dire un peu pourquoi vous avez écrit ce livre et de quoi il parle ?

    Mark Fallon :

    Oui, c’est une excellente question, Ivar, parce que je ne me suis jamais considéré comme un écrivain. Je ne faisais pas partie des gens qui ont toujours voulu écrire un livre.

    Franchement, je n’aime pas écrire. Je suis un écrivain émotionnel. J’écris quand je suis en colère. Ce qui m’a propulsé dans le domaine public, en tant que personne qui s’exprime, c’est mon implication dans le HIG.

    Je parlais de ce qui était efficace, de ce qui ne l’était pas, et ce dont je parlais, même si c’était vrai et exact, était très différent de la perception publique de ce qui s’est passé parce que le public a été trompé, n’est-ce pas ? On l’a trompé intentionnellement en lui faisant croire que le programme des techniques d’interrogatoire renforcées était sûr, nécessaire et efficace, parce que c’était leur argumentaire, pour essayer de se soustraire à toute responsabilité, pour essayer de dire que c’est pour cela que nous étions si géniaux. C’est ainsi qu’un groupe appelé Human Rights First est venu me voir.

    Dans le cadre d’un programme de lutte contre la torture, ils nous ont dit : « Nous avons besoin de votre voix. Parce que nous avons besoin que vous disiez publiquement ce que vous dites ici dans ces réunions.

    Ils m’ont demandé de m’exprimer et Jose Rodriguez, qui était le chef du centre de lutte contre le terrorisme de la CIA, lorsque ce programme EIT, et bien qu’ils l’appellent EIT, les techniques d’interrogatoire renforcées, je l’appelle pour ce qu’il est réellement, des excuses pour infliger la torture. C’est donc ce que ce programme était en réalité : il s’agissait d’essayer de trouver une excuse pour dire que nous sommes menacés et que nous ne risquons rien. Ce que nous faisons est sûr, et nous savons que ce n’est pas le cas, ce que nous faisons est efficace, et nous savons que ce n’est pas le cas, ce que nous faisons est nécessaire. Nous savons que tout cela n’était pas le cas. Jose Rodriguez écrivait un livre intitulé Hard Measures, dans lequel il essayait de s’attribuer le mérite de toutes les bonnes choses qu’ils avaient faites. Human Rights First est donc venu me voir et m’a demandé si je pouvais écrire un article d’opinion.

    Et j’ai écrit un article dans le Huffington Post qui disait, vous savez, vous savez, la torture est illégale, immorale, inefficace et incompatible avec les valeurs américaines. Et nous avons réuni un certain nombre de professionnels de l’interrogatoire issus de la communauté du renseignement et des forces de l’ordre. Je veux dire, l’ancien directeur de l’Agence de renseignement de la défense. Le lieutenant-général Stoyer, d’anciens chefs de poste de la CIA, qui ont tous déclaré que les interrogatoires n’étaient pas corrects. Nous avons donc rédigé une déclaration de principes à l’intention du président Obama, et je suis devenu en quelque sorte le chef du programme des professionnels de la sécurité nationale de Human Rights First, en essayant de faire changer le discours dans les médias, ce que nous avons réussi à faire.

    Nous avons rencontré des membres de la presse. Nous avons rencontré le New York Times, le Washington Post et nous leur avons demandé d’arrêter de raconter que les défenseurs des droits de l’homme parlent de torture. La torture est de la torture.

    Beaucoup de gens m’ont encouragé à écrire mon histoire parce qu’elle est très différente du récit public de l’époque. Lors d’un événement, j’ai rencontré John McCain, qui était vraiment l’un de mes héros et qui savait ce que j’avais fait, au CITF, car c’est le CITF qui a découvert la torture de Mohammed al-Qahtani, le prisonnier 63, qui aurait été le 20e pirate de l’air, et celle de Mohamedou Ould Slahi, le prisonnier 760, qui a écrit le livre The Guantanamo Diaries (Les journaux de Guantanamo). C’est donc moi qui ai alerté les hauts responsables du ministère de la défense et de la marine que ces méthodologies censées être appliquées en secret au sein de la CIA étaient en train de migrer vers le ministère de la défense. En tant que principal responsable de la lutte contre le terrorisme chargé d’enquêter sur ces méthodes, j’avais l’obligation d’alerter ma chaîne de commandement, car il était clair dans mon esprit que cela serait contraire à l’ordre militaire du président de novembre 2001, qui stipulait que nous devions traiter les prisonniers avec humanité. J’avais donc un ordre que j’exécutais et qui stipulait que nous devions traiter les prisonniers avec humanité et qui indiquait clairement que d’autres ne le faisaient pas. J’ai parlé à John McCain et à Dianne Feinstein lors d’un événement organisé par Human Rights First, au cours duquel ils ont été célébrés parce que le rapport sur la torture venait d’être publié. Human Rights First m’a donc demandé de prendre la parole et de les encourager à publier le résumé du rapport sur la torture.

    Il s’agit de quelque 500 pages sur un rapport de 10 000 pages, n’est-ce pas ? Vous savez, nous essayions de dire que nous devions, que nous devions publier ce rapport afin d’en tirer des leçons, n’est-ce pas ? Parce que nous avons fait des choses vraiment horribles. Je veux dire que les profondeurs de la dépravation du programme sont encore en train d’être révélées. Mais nous devons le faire. Et John McCain a dit, vous devez écrire votre livre. Les gens doivent comprendre ce qui s’est passé, vous savez, avec vous et votre groupe de travail, il n’y avait pas que moi. Je n’étais pas un dénonciateur. J’étais un haut fonctionnaire du gouvernement qui disait que ce n’était pas correct, n’est-ce pas ? C’est un peu. C’est contraire à nos valeurs, contraire à la loi. Et j’ai l’obligation, le devoir et l’obligation d’essayer d’empêcher cela, et c’est ce qui m’a vraiment poussé à écrire ce livre. Mon intention était de l’écrire comme un livre sur le leadership, n’est-ce pas ? Pour que les gens s’y intéressent, pour qu’ils voient ce que c’est que de devoir prendre des décisions franchement impopulaires, n’est-ce pas ? S’opposer au secrétaire à la défense, s’opposer au président et au vice-président à un moment où les gens étaient menacés et effrayés, et avoir le sentiment que le respect du serment était plus important que ma carrière, n’est-ce pas ? Comprendre que cette position ferait probablement dérailler ma mobilité ascendante, n’est-ce pas ? Et qu’elle pourrait entraîner des sanctions. J’étais le commandant adjoint du CITF. Le commandant était un colonel de l’armée de terre, Britt Malo. Nous nous sommes assis et avons discuté pour savoir s’il pouvait être traduit en cour martiale pour cette affaire, ou si je pouvais être inculpé ou licencié. Mais nous avons consulté nos avocats et décidé que nous avions l’obligation affirmative de ne pas suivre un ordre illégal.

    Il était clair pour nous que l’ordre d’infliger des violations des droits de l’homme à un prisonnier en détention était illégal. Il est impossible que cet ordre soit légal. Que cela nous plaise ou non, et que cela ait ou non des conséquences négatives pour nous, nous avions l’obligation de nous lever et d’assumer les conséquences qui en découlaient. Je voulais donc que ce livre soit une leçon de leadership pour d’autres personnes qui pourraient se trouver dans la même situation que moi à l’avenir.

    Ainsi, tout au long de ma carrière, je me suis souvent retrouvé à dire la vérité au pouvoir. C’était un avantage certain pour moi et pour le NCIS, car les autres membres de la structure militaire dépendaient tous des commandants militaires locaux. J’avais donc peut-être un peu plus de souplesse dans ma capacité à dire non seulement « non », mais « diable non ». Vous savez que cela ne va pas se produire sous ma surveillance, parce qu’il était clair pour moi que j’étais le plus haut responsable du NCIS et que Guantanamo était une station navale, que des crimes allaient être commis sur une installation navale sous ma surveillance. J’ai donc dû faire savoir à la direction de la marine que cela allait se produire, n’ayant franchement aucune idée que quelqu’un envisagerait de le faire et penserait que cela produirait des résultats positifs. En fait, je pensais qu’il s’agissait simplement de généraux inaptes ou de personnes à des niveaux inférieurs qui pensaient bien faire mais qui ne comprenaient pas ce qu’était un véritable interrogatoire et qui n’avaient pas réfléchi aux implications stratégiques qui pourraient en résulter. Ainsi, lorsque j’ai contesté ce qui se passait, je ne savais pas qu’il s’agissait déjà d’une politique. Je ne connaissais pas la profondeur de la dépravation ni le fait que la CIA faisait déjà des choses vraiment horribles dans ces prisons obscures et ces sites noirs. C’était inconcevable pour moi à l’époque. Et c’est encore incroyable aujourd’hui que nous nous soyons engagés dans cette voie. C’est tellement odieux et contraire à nos valeurs en tant que pays, en tant que pays fondé sur les droits de l’homme.

    Le ton de mon livre a changé pendant les primaires présidentielles, lorsque Donald Trump et les candidats républicains ont commencé à dire que la torture était efficace et que nous reviendrons à la torture et à quelque chose de pire qui rétablira Guantanamo.

    Je voulais vraiment que ce soit un livre que quelqu’un puisse regarder et comprendre ce qui s’est réellement passé à l’intérieur. Je ne suis pas un chercheur qui a lu un tas de choses et qui a ensuite essayé de… C’est ce qui m’est arrivé, n’est-ce pas ? C’était ma vie. Je veux dire, j’étais à ces réunions. J’étais là dans le feu de l’action, à la pointe de la lance. Il ne s’agit donc pas d’une analyse de ce que quelqu’un d’autre a fait. J’ai simplement raconté ce que j’ai pu de l’histoire.

    Et rien dans le livre n’est classifié. ne divulguerait pas d’informations classifiées. Je ne le ferais pas. J’avais l’habitude d’enquêter sur des personnes qui avaient fait cela. C’est exact. Mais les expurgations dans mon livre étaient là. Il y en a 113. Et mon livre a été bloqué 179 jours avant sa publication parce que ce que j’écris est embarrassant.

    Ivar Fahsing :

    J’ai donc vu tout cela et j’ai pensé que c’était un peu parce que c’était secret.

    Mark Fallon :

    Non, rien de tout cela ne l’était. Je veux dire que des éléments des auditions du Congrès sur lesquels j’ai écrit ont été expurgés. Des articles de journaux sur lesquels j’ai écrit ont été expurgés parce qu’ils racontaient une histoire plus convaincante ou qu’il y avait plus de sources appliquées à ce que je disais, ce qui rendait mon histoire plus acceptable plutôt que ma simple histoire. Et en tant qu’enquêteur, que faites-vous ? Vous cherchez des preuves à l’appui. C’est ainsi que certaines des choses qui ont été expurgées, c’est moi qui les ai trouvées pour étayer ce que j’avançais dans le livre.

    Ivar Fahsing :

    En effet, pour les enquêteurs, le récit est censé relier les éléments de preuve et en faire un dossier cohérent.

    Mark Fallon :

    Je suis frustré par le peu de praticiens qui l’ont compris et qui ont essayé de l’appliquer, il n’y a pas eu d’assimilation culturelle. Il n’y avait pas d’assimilation culturelle. La police n’acceptait pas les sciences du comportement, les sciences psychologiques de la même manière qu’elle acceptait les sciences physiques, comme l’ADN, n’est-ce pas ? Ils acceptent l’ADN, mais ils ne comprennent pas que les sciences psychologiques ont aussi une valeur à appliquer. Ils se sont penchés sur la question et ont dit : « Écoutez, il y a deux cultures différentes à l’œuvre ici. C’est vrai ? Vous avez des praticiens qui opèrent dans ce silo opérationnel. Vous avez des universitaires qui travaillent dans ce silo. Et aucun des deux ne se comprend vraiment. Vous savez, dans certains cercles isolés, ils se comprennent. Mais en tant que communautés, ils ne se comprennent pas. En tant que communautés de recherche, communautés de pratique, ils ne se comprennent pas bien. Et elles ne travaillent pas bien ensemble. Et le problème est…

    Ivar Fahsing :

    Cette relation a été appelée la conversation des sourds. Elle devient trop désordonnée lorsque des personnes comme vous et moi s’y impliquent Mark. Oui, cela devient inconfortable parce que nous remettons en cause la norme. Nous sommes là pour l’application, la valeur et la complexité que des gens comme vous et moi doivent gérer. C’est compliqué.

    Mais comme vous le dites, et c’est probablement la raison pour laquelle ces deux silos semblent toujours prospérer en tant que tels.

    Mark Fallon :

    Mais nous avons commandé un livre et trouvé un éditeur qui a accepté que la version électronique ne soit pas payante. Nous avons donc parcouru le monde et choisi un certain nombre de chercheurs dont nous pensions qu’ils pourraient avoir le plus d’impact sur la pratique. Pär Anders Granhag. C’est l’un d’entre eux. Nous avons examiné le domaine cognitif. Demandons à Ron Fisher d’écrire un chapitre sur l’entretien cognitif. Nous voulons parler des méthodologies de recherche. Nous nous sommes adressés à Melissa Rossano. Nous voulons parler de la mémoire et d’autres choses. Nous avons fait le tour du monde et nous avons choisi les personnes qui, selon nous, pourraient contribuer à ce projet.

    Nous nous sommes dit qu’il fallait rédiger cet ouvrage en pensant aux praticiens. Nous avons donc publié, en décembre dernier, Interviewing and interrogation, a review of history of research and practice since World War II, parce que nous voulions un ouvrage qui puisse créer une ouverture cognitive chez les praticiens en leur montrant que cette science psychologique, que ce corpus de recherche pouvait les aider à mieux faire leur travail. Chacun des chapitres peut être téléchargé séparément et est disponible gratuitement.

    C’est pourquoi il est intéressant et encourageant de constater qu’il existe des poches d’excellence en matière de maintien de l’ordre. Los Angeles fait un travail incroyable. Hier, j’ai eu un entretien avec un procureur, Vern Pierson, du comté d’El Dorado, en Californie, qui a mis en place son propre programme de formation aux interrogatoires pour les enquêteurs parce qu’il obtenait de mauvaises données. En tant que procureur, il ne tirait pas des interrogatoires le type d’informations dont il avait besoin pour juger les affaires. C’est ainsi qu’il a introduit ORBIT en tant qu’aspect fondamental. Il a mis en place un programme et tente de réécrire la législation californienne afin d’interdire le stratagème des fausses preuves. Je travaille actuellement avec l’Innocence Project et j’ai témoigné devant dix législateurs d’État différents pour tenter de les faire abandonner les méthodes traditionnelles fondées sur les aveux, dont nous savons qu’elles produisent de faux aveux et qu’elles sont moins efficaces pour obtenir des informations précises et fiables que les méthodes fondées sur la science, mais qui continuent d’être utilisées. Lorsque je m’adresse à des organisations de police ou à des organes législatifs, les policiers craignent que vous ne leur enleviez leurs outils. Non, non, nous remplaçons vos outils obsolètes. Vous ne donneriez pas une arme à feu qui fait des ratés et atteint des cibles involontaires et des victimes innocentes, pas plus que vous ne devriez le faire avec votre programme d’interrogatoire. Parce que ce que vous faites, c’est obtenir au hasard des résultats erronés et des condamnations injustifiées.

    Ce qui est horrible en soi, mais c’est une menace pour la société parce que l’auteur de l’infraction reste dans la rue pour s’en prendre à d’autres victimes et à vos agents chargés de l’application de la loi, en particulier avec un stratagème de fausses preuves où vous mentez sur la nature des preuves, vous encouragez une culture de la tromperie et de la déception au sein d’une organisation chargée de l’application de la loi. Vous dites qu’il n’y a pas de mal à mentir, à témoigner. Pas seulement suspecter, mais quelqu’un que vous suspectez, qui peut être un témoin, mais à qui je vais mentir sur les faits pour essayer de voir s’il est suspect. Et il retourne dans sa communauté en disant : « La police m’a menti et m’a dit qu’elle m’avait filmé alors que je n’étais même pas là ». Nous parlons donc aux États-Unis d’un manque de confiance dans les services de police, qui a été mis à mal par le recrutement et la fidélisation des agents de police.

    Lorsque vous trompez le public, la confiance n’est pas au rendez-vous, n’est-ce pas ? Comment pouvez-vous alors, lorsque vous retournez dans votre communauté, dire « s’il vous plaît, mentez-moi » ? C’est pourquoi je préconise une police vertueuse, comme si la police devait être la bonne. Il faut que la police soit vertueuse, car c’est un pas de plus vers l’adhésion de la communauté à la police. Vous voulez que votre communauté accepte la police ? Vous savez, nous sommes là pour la force du bien et nous devrions l’accepter pour un processus de justice pénale plus sain, et c’est ce que je propose.

    Ivar Fahsing :

    Vous pouvez probablement aller plus loin, je suppose, Mark, et dire qu’il s’agit de la dignité générale, du respect mutuel et de la compréhension en tant qu’êtres humains.

    Mark Fallon :

    Oui, c’est l’un des aspects que nous avons abordés dans les Principes de Mendes, à savoir le professionnalisme. Lorsque j’étais au NCIS, je passais beaucoup de temps au stand de tir, n’est-ce pas ? Je devais continuellement me qualifier, me requalifier tous les trimestres pour m’assurer que je maîtrisais bien une arme de poing que j’avais peut-être sortie, mais que je n’avais jamais utilisée, dans l’exercice de mes fonctions. Mais je faisais des interrogatoires presque tous les jours. Je n’ai jamais eu à rétablir mes compétences. Je n’ai jamais suivi de formation obligatoire. Vous savez, il y avait des formations volontaires et des formations dans ce domaine. Mais ce n’était pas considéré comme quelque chose à laquelle vous pouviez ajouter de nouvelles compétences. Parce que vous ne saviez pas que cette recherche était en cours. Et bien sûr, à l’époque, nous ne disposions pas de ces recherches. Aujourd’hui, c’est le cas. S’il existait une nouvelle technique de tir qui améliorait votre jugement ou votre arme, ou qui faisait de vous un meilleur tireur ou un meilleur tireur d’élite, ou qui vous donnait de meilleures compétences en matière de combat au pistolet, elle serait intégrée à votre programme de formation afin que vous soyez plus précis. Eh bien, nous disposons aujourd’hui de recherches qui peuvent vous permettre d’être plus précis lors de vos entretiens et interrogatoires. Cependant, à part quelques poches d’excellence, ces recherches ne sont pas mises en œuvre.

    La police de Los Angeles a été la première personne que j’ai aidée à former, et elle s’est maintenant lancée dans la formation dans le cadre de ces programmes. Le FLETC (Federal Enforcement Training Center), le plus grand centre de formation des forces de l’ordre aux États-Unis, a totalement réorganisé son programme de formation et utilise désormais la science pour former tous les agents fédéraux aux États-Unis, ce qui n’était pas le cas auparavant.

    Je suis donc très heureux de constater ces changements. Au NCIS, mon ancienne organisation, le directeur s’était rendu sur le terrain et avait dit : « Je me fiche de la façon dont vous avez été formés auparavant.

    Peu importe votre pratique antérieure, à partir d’aujourd’hui, nous n’utiliserons que la recherche pour éclairer notre pratique de l’entretien et de l’interrogation. Nous espérons donc un changement de paradigme plus important.

    Le même type d’adaptation culturelle n’a malheureusement pas eu lieu au niveau des États et des autorités locales chargées de l’application de la loi aux États-Unis. Nous n’avons pas d’autorité centrale chargée de l’application de la loi aux États-Unis. Chaque État peut être différent au sein d’un même comté. Un comté peut avoir des protocoles différents de ceux d’une ville. Il n’y a donc pas d’autorité centrale. Ce que vous espérez faire, c’est donc influencer.

    Ivar Fahsing :

    Je suppose que l’un des éléments fondamentaux, vous soulignez le système de construction de l’ensemble de la communauté des forces de l’ordre aux États-Unis, qui est bien sûr très différent, du moins de mon pays d’origine, la Norvège, où, comme vous le savez probablement, il s’agit d’un programme de licence qui laisse la place à une réflexion critique et à des bases beaucoup plus solides pour chaque agent. Et bien sûr, cela crée un meilleur départ, je suppose, pour ce type d’intégration et de fusion des silos. Dès le départ, il n’y a pas de conflit entre la pratique et la recherche, car c’est votre lait maternel.

    Mark Fallon :

    Oui, vous mettez beaucoup plus l’accent, comme il se doit, sur l’éducation. Nous n’avons pas entendu dire, je veux dire, que le NCIS exige un diplôme universitaire. D’autres agences ne le font pas. Vous n’avez donc pas ce type d’accent sur l’éducation pour progresser dans cette voie et pour être en mesure de vous engager dans des bourses simultanément parce que cela a un impact sur votre pratique.

    Vous êtes un meilleur praticien grâce à vos connaissances. Vous êtes un meilleur praticien grâce à votre érudition.

    Ivar Fahsing :

    Exactement. Toujours est-il que… Je me souviens très bien, Mark, de l’introduction en Norvège d’une licence en maintien de l’ordre. J’étais l’avant-dernier de la classe à ne pas l’avoir. Je me souviens donc que j’étais probablement l’un d’entre eux et que je m’inquiétais vraiment de tous ces intellos théoriques qui étaient censés nous suivre et de la manière dont ils seraient capables de lire des livres tout en faisant leur travail. Il y a cette chose et je pense que ce n’est pas parce que vous êtes contre, c’est une véritable inquiétude parce que nous faisons un travail important et que nous devons nous assurer que nous le faisons de la bonne manière. Il ne faut donc pas croire qu’ils ne respectent pas vraiment le travail, mais ils s’inquiètent sincèrement que nous sachions comment le faire. Il se peut que nous acceptions certains conseils, mais nous ne jetterons pas tout par-dessus bord à quelqu’un qui ne l’a jamais fait auparavant.

    Mark Fallon :

    Oui, et l’autre partie est en quelque sorte le tempo opérationnel ici. Je veux dire, vous savez, au NCIS, c’est très opérationnel, il se passe beaucoup de choses. J’étais toujours engagé dans des groupes de travail de haut niveau, des enquêtes de haut niveau. Il n’y avait pas beaucoup de temps. C’est vrai. Il existait donc un programme qui vous permettait de suivre une année d’études à l’École de guerre navale et d’obtenir une maîtrise. Mais il n’y avait jamais assez de temps pour prendre une année en dehors de mon monde opérationnel pour faire cette pause. Et, vous savez, les gens qui l’ont obtenu…

    En Norvège, cela fait partie de votre culture, n’est-ce pas, que cela fait partie de ce qui est accepté et qui ferait de vous un meilleur leader ? Et certainement, vous savez, j’ai suivi une formation en leadership au NCIS. Ils ont réalisé que ce type de formation faisait de moi un meilleur leader en participant à ces écoles.

    Ivar Fahsing :

    Exactement, mais je pense que ce qui se passe aussi, c’est que, vous savez, lentement, lentement, les sociétés évoluent vers un niveau d’éducation de plus en plus élevé en moyenne. Et si la police et les forces de l’ordre ne suivent pas, nous prendrons du retard. Et, vous savez, vous ne serez pas pris au sérieux par les personnes que vous êtes censés servir.

    Mark Fallon :

    Oui, il y a des exceptions. Je n’ai pas de doctorat. J’ai une licence, n’est-ce pas ? Mais j’ai une base d’expérience qui renforce mes connaissances, n’est-ce pas ? J’ai donc un haut niveau de connaissances qui n’a pas abouti à un diplôme, n’est-ce pas ? Je suis invité à donner des conférences dans de nombreuses facultés de droit. Je donne des conférences à des psychologues et à des avocats. Il y a donc des gens qui acceptent…

    Ivar Fahsing :

    Cela en dit long sur la signification de votre travail, Mark. Et c’est précisément la raison pour laquelle nous vous recevons en tant qu’invité dans notre podcast. Vous êtes exceptionnel dans la façon dont vous êtes capable de transmettre ce message à tant de publics différents qui peuvent amener le changement. J’aimerais donc vous demander, avant de conclure, où vous allez, vous êtes probablement l’universitaire, parce que je vous considère comme un universitaire, qui est invité dans les endroits les plus importants du monde. Vous visitez des lieux et des bureaux et vous parlez à des décideurs bien plus que n’importe quel autre universitaire que je connais. De votre point de vue, où souffle le vent en ce moment ?

    Mark Fallon :

    Oui, j’ai été très, très encouragé ces derniers temps. C’est Saul Kassin qui a insisté pour que l’Innocence Project me contacte. Et donc il… depuis des années, il dit que vous êtes, vous savez, qu’ils étaient aussi dans leur chambre d’écho. C’est vrai. La plupart d’entre eux n’ont donc pas fréquenté les praticiens. J’ai donc dit qu’il fallait écouter Mark Fallon, car sa voix est unique. C’est vrai. D’après ce que vous entendez probablement. Et, vous savez, ils m’ont demandé de prendre la parole, comme je l’ai dit, dans dix assemblées législatives d’État différentes.

    J’ai donné des conférences de presse avec eux au sein de l’ACLU. Et il m’arrive souvent de parler avec un ex-détenu assis à côté de moi, quelqu’un qui a faussement avoué un crime qu’il n’a pas commis. Je commencerai mon exposé en disant que j’avais l’habitude de croire qu’une personne innocente n’avouerait pas un crime qu’elle n’avait pas commis. J’avais tort. Et il va vous expliquer pourquoi j’avais tort. Ensuite, ils raconteront leur histoire, ou quelque chose comme ça.

    Je parle donc pour un certain nombre de projets sur l’innocence. Ils m’invitent à m’adresser aux législateurs. Je m’adresse à des organisations policières et je parle alors de certaines des choses dont je vous parle, vous savez, en disant peut-être la vérité du pouvoir, mais en essayant de créer cette ouverture cognitive que ce que vous comprenez ou ce que vous croyez ? peut être différent, n’est-ce pas ? Il fut un temps où nous pensions que la terre était plate. Vous savez, nous voulons que certaines choses changent dans nos croyances, mais ces ouvertures cognitives se produisent dans une certaine mesure au sein des assemblées législatives des États. Le Minnesota vient de signer un projet de loi interdisant la tromperie et les interrogatoires de police avec les mineurs. Aucun État ne l’a encore interdit pour les adultes. Certains services refusent de le faire, mais il n’y a pas d’interdiction législative, ce qui, à mon avis, est nécessaire pour obtenir un changement culturel, car les gens ne se rendent pas compte des dégâts financiers qu’ils causent. Aux États-Unis, les personnes innocentées ont reçu quatre milliards de dollars en indemnités, quatre milliards. C’est vrai. Le problème, c’est que cela n’a pas d’impact sur les services de police individuels. Le problème, c’est que cela n’a pas d’incidence sur les services de police individuels, mais sur les budgets des villes. Cela a un impact sur le budget de l’État, sur les contribuables. Mais cela ne se répercute pas sur le budget de la ville, parce que ces affaires ne sont généralement traitées que 20 ans après la condamnation injustifiée de la personne. C’est vrai. Les officiers impliqués dans ces affaires sont donc passés à autre chose. Il n’y a pas d’obligation de rendre des comptes, ce genre de choses. Tout récemment, au cours de l’année écoulée, le NCJFCJ, le Conseil national des juges des tribunaux pour enfants et des tribunaux de la famille, m’a contacté. Ils ont été encouragés à me parler. L’un des juges du comité de pilotage de leur conférence, qui réunit généralement 600 à 700 juges de tout le pays, m’a dit en substance : « Vous ne vous rendez pas compte à quel point nous, les juges, sommes ignorants de ce que vous dites ». Je l’ai taquinée et je lui ai répondu que je pensais que c’était le cas.

    Mais ils m’ont invité à prendre la parole lors de leur conférence en février dernier à Cleveland, dans l’Ohio, et j’ai parlé avec le cofondateur de l’innocence project, Peter Neufeld, de leurs efforts au niveau national, ainsi qu’avec Terrill Swift, une personne exonérée avec laquelle j’ai déjà parlé aux juges, et les réactions ont été exceptionnelles. C’est vrai. Vous prenez des décisions. Vos procureurs prennent des décisions sur la base d’informations obtenues involontairement. C’est vrai. Qu’ils sont contraints et que, par conséquent, vous faites de mauvais jugements dont voici les résultats. Quatre milliards de dollars sont out of of, you know, here in this state.

    On m’a demandé de participer à un mouvement qui se prépare dans l’État de Pennsylvanie pour que la police enregistre ses interrogatoires. C’est vrai, ils n’enregistrent toujours pas. Le NCIS a été la première agence fédérale à imposer l’enregistrement des interrogatoires. Et ils ne l’ont pas fait pour des raisons de droits de l’homme. Ils l’ont fait à cause de ce que nous appelons l’effet CSI. Les jurés regardent la télévision. Ils pensent que quelque chose devrait être comme ça. Nous avions donc peur que les jurés ne croient pas à nos méthodes basées sur les rapports. Nous voulions donc l’enregistrer sur vidéo pour qu’ils puissent voir que l’interrogatoire était vraiment volontaire. Nous voulions qu’ils voient que notre pratique était basée sur le rapport. C’est ce qui nous a encouragés. Nous espérons donc arriver à un point où, franchement, le public ne tolérera plus cette pratique, où les administrateurs de police ne toléreront plus que leur pratique puisse contribuer à la dégradation de la confiance entre la police et les communautés qu’elle sert. Le public lui-même ne tolérera plus les pratiques trompeuses de la police. Il insistera sur le fait que la police doit être professionnelle et qu’elle doit utiliser la science pour informer et réformer la pratique de l’interrogatoire. Il y a des indications et des avertissements qui montrent qu’il pourrait y avoir un changement culturel.

    Mais nous devons maintenir la pression. Nous devons continuer. Nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers. Nous ne pouvons pas dire : « J’ai écrit ce livre, je suis passé par là, j’ai fait ça ». Nous devons nous dire qu’il s’agit d’un processus évolutif. J’ai longtemps été découragé par l’incapacité de la recherche HIG à se répercuter. Aujourd’hui, je suis encouragé. Je suis encouragé par ce que j’entends et ce que je vois dans les poches à travers le pays.

    Je serai vraiment ravi de voir une sorte de transformation culturelle qui s’éloigne de la confession pour aller vers la collecte d’informations, puis de comprendre que la science peut éclairer la pratique et nous rendre meilleurs dans ce que nous faisons.

    Ivar Fahsing :

    Je suis convaincu, Mark, que tant que vous serez là, ce vent continuera à souffler. Le simple fait de vous parler aujourd’hui m’a encouragé à penser qu’il est encore temps de vous faire revenir en Europe, car la façon dont vous êtes capable de délivrer un message est absolument unique. Je tiens donc à vous le dire en premier lieu, et vous savez que je le pense. Et je dois aussi vous remercier en tant que concitoyen du monde pour tout le temps que vous consacrez à la réalisation de ce changement. Avez-vous parfois le sentiment d’être naïf, de vous battre contre des moulins à vent ? Ou pourquoi faites-vous cela ?

    Mark Fallon :

    Oui, je suis un Alec intelligent du New Jersey, donc la réponse courte est que je n’ai pas de passe-temps. Ou je ne connais rien de mieux. Toute ma vie a été consacrée au service public. Je veux dire, je n’ai connu que le service public.

    Mon père était officier de police, chef adjoint de la police. Mon beau-père est l’associé de mon père. Ma grand-mère était secrétaire de mairie dans ma ville. Mon oncle était conseiller municipal. Je ne suis donc pas motivé par le profit, même si je crois au capitalisme. Je pense que les citoyens du monde, vous savez, j’aime la citation de Roosevelt, vous savez, il parle de l’homme dans l’arène et tout le monde se souvient de cette carte, mais il a également dit que les citoyens d’une république ont une responsabilité. Et il a dit que la marée haute fait monter tous les bateaux. Ce dont je me rends compte, c’est à quel point ma voix est unique.

    Et je me rends compte que c’est à cause de ces expériences, n’est-ce pas ? Ce n’est pas, c’est parce que j’ai été jeté dans des situations et que j’ai dû survivre, n’est-ce pas ? Et en reconnaissant que, pour survivre, j’ai dû compter sur les autres, n’est-ce pas ? Aujourd’hui, j’ai 68 ans. Je me rends compte que j’ai beaucoup plus de temps derrière moi que devant moi et que ma voix est une voix qui a une certaine forme de rencontre maintenant. Et je continuerai à m’exprimer tant que je serai pertinent et tant que mon message sera en faveur des forces du bien, à défaut d’un meilleur terme. Je continuerai donc à utiliser ma voix, ma plume, mon expérience et mon expertise pour essayer d’informer la société, car je pense que les citoyens d’une république ont cette obligation, comme l’a dit Roosevelt, et je crois que j’ai prêté serment de protéger et de défendre la Constitution et je ne crois pas que quelqu’un m’ait jamais retiré ce serment. J’ai donc le sentiment que certaines des choses qui sont pratiquées ont été collectivement inconstitutionnelles, les tortures sont inconstitutionnelles, et j’espère que ce que je dis trouvera un écho chez certaines personnes qui transmettront ce message.

    Ivar Fahsing :

    J’en suis certain, Mark. Sur ce, je vous remercie d’avoir pris le temps de vous informer aujourd’hui.

    Mark Fallon :

    C’est un véritable honneur, Ivar, de faire cela. Je suis encouragé par ce que vous avez fait et ce que vous faites, par votre voix. Je vous remercie donc de m’avoir donné l’occasion d’utiliser ma voix dans votre podcast et d’avoir été invité à passer un moment agréable avec vous.

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    9 décembre 2024
  • Capturing Interviews On the Go

    Capturing Interviews On the Go
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    • How to create a mobile interview setup
    • Cost-effective strategies for modern policing
    • Techniques for capturing clear audio and video evidence on the go
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    • Best practice for maintaining data security and integrity in field operations

    Understanding the shifting landscape of police operations and the technology supporting this change is crucial for investigators and anyone involved in investigative interviewing.

    About the author

    For almost 40 years, Jeff Horn has been working in close collaboration with Police and other law enforcement establishments internationally. Jeff has developed a deep understanding of the challenges when creating the best evidence during investigative interviews. 

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    1 Novembre 2024
  • Podcast Interviews d’investigation – s01 résumé

    Podcast Interviews d’investigation – s01 résumé
    Podcast Interviews d'investigation - s01 résumé

    Retour sur la saison 1 du podcast Interviews d’investigation : « Au-delà du doute raisonnable »

    Rétrospective : « Au-delà de tout doute raisonnable ».

    Écouter

    Alors que nous terminons la première saison de notre podcast sur les Interviews d’investigation « Au-delà du doute raisonnable », c’est le moment idéal pour réfléchir aux idées partagées par nos invités sur les interviews d’investigation. Notre podcast visait à examiner les complexités des Interviews d’investigation et les implications plus larges pour les pratiques d’application de la loi dans le monde entier. Grâce à des conversations intéressantes, nous avons exploré les thèmes de l’éthique des interviews, des droits de l’homme et du pouvoir de transformation de la technologie dans le maintien de l’ordre.

    Interviews sur les techniques d’entretien d’investigation

    L’un des thèmes récurrents de cette saison a été l’évolution vers des techniques d’entretien éthiques. Ivar Fahsing et Asbjørn Rachlew, pionniers norvégiens dans ce domaine, ont donné le coup d’envoi de notre série en discutant de l’évolution des entretiens d’enquête dans leur pays. Ils ont souligné l’importance des méthodes non coercitives et le rôle essentiel que jouent ces techniques pour garantir la justice et éviter les erreurs judiciaires.

    Fanny Aboagye

    Les droits de l’homme au premier plan

    Lors de notre conversation avec le professeur Juan Méndez, célèbre défenseur des droits de l’homme et ancien rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, nous avons exploré l’importance des principes Méndez. Ces principes soulignent l’interdiction de la torture et de la coercition, et préconisent des méthodes d’interrogatoire qui respectent la dignité et les droits de tous les individus. Les réflexions du professeur Méndez ont mis en lumière l’impact mondial de ces principes et la nécessité d’aligner le travail de la police sur les normes internationales en matière de droits de l’homme.

    Perspectives globales sur les Interviews d’investigation

    Nos épisodes avec Fanny Aboagye, commissaire adjointe de la police du Ghana, et Gisle Kvanvig ont offert des perspectives précieuses sur l’adoption internationale de pratiques d’Interviews éthiques. Fanny Aboagye a évoqué le lancement du manuel des Nations unies sur les interviews d’enquête et ses implications pour les services de police en Afrique. Elle a souligné l’importance du soutien et de la formation de la direction dans la mise en œuvre de ces changements et a mis en évidence le rôle du genre dans les styles d’entretiens non conflictuels.

    Gisle Kvanvig a apporté un point de vue unique sur les défis pratiques et les réussites dans l’adoption de nouvelles méthodes d’interrogation et a fourni un aperçu réaliste du paysage mondial des réformes policières.

    Perspectives psychologiques et communication

    Emily Alison, spécialiste de la communication et de l’entretien éthique, et Becky Milne, professeur de psychologie légale, ont partagé leur expertise sur les aspects psychologiques de l’entretien. L’accent qu’elles ont mis sur l’établissement d’une relation et la compréhension des dynamiques psychologiques en jeu pendant les entretiens a été particulièrement instructif. Emily Alison insights a souligné la nécessité de faire preuve d’empathie et d’une communication efficace pour recueillir des informations fiables. Becky Milne a également souligné l’importance du contexte et des questions détaillées pour obtenir des réponses plus précises de la part des personnes interrogées.

    Intégration technologique dans les services de police

    Tout au long de la saison, l’intégration de la technologie dans la police moderne a été un point fort. Les discussions ont mis en évidence la manière dont les progrès des technologies d’enregistrement, telles que les solutions numériques et mobiles, révolutionnent la collecte des preuves. Ces innovations permettent non seulement d’améliorer la précision et la fiabilité des preuves, mais aussi de rationaliser les processus, ce qui rend l’application de la loi plus efficace et plus rentable.

    Perspectives d’avenir

    Alors que nous concluons la première saison de « Au-delà du doute raisonnable », nous sommes inspirés par l’engagement de nos invités à faire progresser les pratiques policières éthiques, efficaces et humaines. Leurs réflexions collectives constituent une feuille de route pour les services de police du monde entier qui souhaitent adopter des méthodes plus justes et plus transparentes.

    Nous sommes impatients de poursuivre cette conversation dans les saisons à venir, d’explorer les nouveaux développements et de partager d’autres exemples de réussite sur le terrain. Restez à l’écoute pour d’autres discussions, car nous nous efforçons de transformer les pratiques d’enquête pour le meilleur.

    Produits apparentés

    • Enregistreur fixe d’entretiens policiers HD

      Enregistreur HD fixe pour les salles d’interrogatoire de haute sécurité.

    • Enregistreur portable d’entretiens policiers

      Enregistreur d’entretien léger, conforme à la norme PACE, pour tout type d’environnement.

    • Capture – Enregistrement d’entretiens mobiles

      Enregistreur d’application mobile pour capturer des preuves en déplacement.

    • Logiciel Ark – Gestion d’entretiens policiers et preuves numériques

      Recevoir, contrôler et conserver les preuves tout au long de leur durée de vie.

    16 Septembre 2024
  • Fanny Aboagye sur le manuel d’Interviews de l’ONU pour les enquêtes – ep.06

    Fanny Aboagye sur le manuel d’Interviews de l’ONU pour les enquêtes – ep.06

    Épisode 06.
    « Nous devons désormais faire ce qu’il faut » – Fanny Aboagye à propos du manuel d’Interviews de l’ONU pour les enquêtes

    Écouter

    Fanny Aboagye, commissaire adjointe des forces de police du Ghana et collaboratrice du manuel des Nations unies sur les interviews pour les enquêtes criminelles, évoque son lancement et son impact sur les enquêtes en Afrique en particulier.

    Le manuel d’Interviews d’investigation des Nations Unies souligne l’importance d’obtenir des informations précises grâce à des techniques d’interviews éthiques et en évitant les méthodes coercitives. L’un des principaux enseignements est la nécessité de modifier la manière dont les Interviews sont menées, en mettant l’accent sur l’instauration de la confiance et la collecte d’informations fiables. Fanny souligne l’importance du soutien et de la formation de la direction dans la mise en œuvre de ces changements. Elle aborde également le rôle du genre dans les Interviews d’investigation, notant que les femmes peuvent avoir un avantage naturel dans les styles d’interview non-conflictuels et communicatifs. Malgré les difficultés, Fanny reste optimiste quant à l’impact du manuel et au potentiel de changement positif dans les pratiques policières.

    Principaux enseignements de la conversation

    1. Le manuel des Nations unies sur les interviews d’enquête souligne l’importance d’obtenir des informations précises grâce à des techniques d’interview éthiques et en évitant les méthodes coercitives.
    2. Il est nécessaire de modifier la manière dont les entretiens sont menés, en mettant l’accent sur l’instauration d’un climat de confiance et la collecte d’informations fiables.
    3. Le soutien et la formation de la direction sont essentiels à la mise en œuvre de ces changements dans les pratiques policières.
    4. Le sexe peut jouer un rôle dans l’entretien d’investigation, les femmes ayant potentiellement un avantage naturel dans les styles d’entretien non conflictuels et communicatifs.

    A propos de l’invité

    Fanny Aboagye

    Surintendant en chef des services de police du Ghana, bureau de liaison de la police des Nations unies, directeur des cours de police au Centre international Kofi Annan de formation au maintien de la paix et collaborateur du Manuel des Nations unies sur les interviews pour les enquêtes criminelles.

    Écouter sur Youtube

    Produits apparentés

    • Enregistreur fixe d’entretiens policiers HD

      Enregistreur HD fixe pour les salles d’interrogatoire de haute sécurité.

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      Enregistreur d’entretien léger, conforme à la norme PACE, pour tout type d’environnement.

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    Transcription

    Ivar Fahsing

    Bienvenue dans le podcast, Fanny Aboagye. Vous êtes actuellement commissaire adjointe de la police ghanéenne. Cette semaine, nous sommes réunis à New York dans le cadre de la réunion de haut niveau de l’UN COPS pour le lancement du manuel de l’ONU sur les entretiens d’enquête. De votre point de vue, compte tenu de vos antécédents, de votre position et de votre expérience, quelles sont, selon vous, les raisons pour lesquelles un tel manuel est nécessaire ?

    Fanny Aboagye

    Merci beaucoup, Ivar. Nous sommes ici à New York pour lancer le Manuel des Nations Unies sur les Interviews d’Investigation. Je pense que ce manuel est tout à fait nécessaire à l’heure actuelle, car depuis plusieurs années, je crois que les enquêteurs, de par leur expérience, considèrent beaucoup de choses comme allant de soi. Ainsi, la plupart de nos enquêtes, toutes nos Interviews sont faites pour obtenir des aveux de nos interviewés.

    Le manuel met l’accent sur les droits de l’homme dans les entretiens d’enquête, ce qui signifie des informations exactes et l’absence de toute méthode coercitive pour obtenir ces informations.

    Lors de mon entrée dans la police, la question posée par notre premier conférencier était la suivante : comment obtenir des informations exactes ? Et les réponses qui ont été données étaient aussi bonnes que vous pouvez l’imaginer. Je veux dire, des méthodes coercitives, des méthodes contraires à l « éthique. C’est la première fois que j’ai été initiée aux entretiens éthiques. Lorsque j’ai eu l’occasion de travailler à New York et de faire partie du groupe chargé d » élaborer ce manuel, je me suis dit qu’il arrivait à point nommé.

    Il n’y a rien de tel que d’arriver trop tard. En fait, cela a permis d’améliorer la façon dont les enquêteurs mènent les entretiens. Ce que je veux dire par là, c’est que vous pensez parfois que vous faites ce qu’il faut, jusqu’à ce que l’on vous présente quelque chose d’autre. Vous savez alors que vous pouvez modifier votre façon de travailler pour être en mesure de rendre justice à chaque enquête que vous menez. Je pense donc que ce manuel comble cette lacune.

    Lorsque vous le lisez, il vous semble assez familier. Les méthodes qu’il contient semblent assez familières, mais lorsque vous le lisez encore et encore, vous vous rendez compte qu’il fournit des domaines d’entretien supplémentaires auxquels vous n’auriez peut-être pas pensé. C’est donc un bon manuel.

    C’est arrivé au bon moment de notre carrière d’officier de police. Les nouveaux officiers qui arrivent en tant qu’enquêteurs devront désormais faire ce qu’il faut. Et je pense que c’est ce que ce manuel nous aide à faire.

    Ivar Fahsing

    Absolument. À bien des égards, ce que je pense au moins, c’est que l’on ne nous apprend pas vraiment, en tant qu’officiers de police, dès le début, à quel point un entretien est différent d’une conversation normale. C’est un peu comme si, intuitivement, vous pensiez pouvoir interroger parce que vous êtes capable de parler, alors que le manuel montre que non, l’objectif d’une conversation normale n’est pas de recueillir des informations précises et fiables, mais surtout de faire partie d’un jeu social. Vous ne voulez pas vraiment toute l’histoire, vous ne voulez pas tous les détails, c’est une violation des codes sociaux. Vous voulez juste les gros titres et vous passez à autre chose. C’est exactement le contraire de ce que vous voulez dans une interview. Si vous revenez de vacances ou d’un week-end, si quelqu’un vous demande de commencer à partir du moment où vous avez quitté la maison et d’inclure tous les détails jusqu’à votre retour, vous savez, ce sera une énorme violation des codes sociaux et de tout ce qui s’y rattache. Je pense donc qu’il est très important de nous rappeler, en tant que professionnels, qu’il s’agit en fait d’un objectif très différent et que cela nécessite également des méthodes différentes.

    Bien que vous disiez, Fanny, qu’il s’agit d’un instrument très nécessaire pour développer cette prise de conscience et cette base de compétences dès le début, d’après ce que je comprends, c’est encore très loin de la réalité dans la plupart des pays, non seulement en Afrique, mais aussi en Europe, des pays qui ont en fait traversé un processus de changement. Et lorsque je parle de changement, je veux dire que vous devez délibérément abandonner ce que vous aviez l’habitude de faire et que vous devez savoir pourquoi. Ensuite, vous adoptez délibérément quelque chose de différent parce que vous pensez que cela vous rapproche de ce que vous devriez être. Ce changement délibéré est également reconnu au plus haut niveau de votre organisation, car il doit être facilité par les ressources, la formation et les cultures d’état d’esprit, je suppose. Pourriez-vous nous dire à quoi cela ressemble au Ghana ou en Afrique de l’Ouest, pour autant que vous le sachiez, en ce qui concerne ce processus de changement ?

    Fanny Aboagye

    Il est certain que le changement est toujours très difficile, surtout lorsque les gens sont très habitués à leur culture organisationnelle. Oui, mais le changement peut se produire lorsque vous savez où vous voulez aller. En ce qui concerne le Ghana et la police, notre vision est de devenir une police de classe mondiale, dans le respect des droits de l’homme. Il est très difficile de savoir où nous sommes aujourd’hui.

    Certains sont donc un peu plus avancés que d’autres. Nous devons donc atteindre ceux qui sont un peu en retard et nous rapprocher de ceux qui ont progressé dans le domaine de l’entretien d’investigation. Je pense que cela doit faire partie de notre programme de formation, dès la formation de base dans nos académies, parce que dans tout cela, l’académie est l’endroit où nous formons nos officiers supérieurs, n’est-ce pas ? Mais dans tout cela, à cause des oublis, des responsabilités. Même les officiers supérieurs doivent comprendre le processus afin de pouvoir superviser correctement les jeunes officiers. Je pense donc que pour devenir une police de classe mondiale, comme le dit notre vision, il est important que certains de ces changements soient acceptés et promus, car si nous ne le faisons pas, si nous n’acceptons même pas que nous devons changer, alors nous n’irons nulle part. Nous devons donc l’accepter dans sa totalité. Je dirais que c’est un bon pas dans la bonne direction. À partir de là, je vais présenter le manuel au directeur général de la police judiciaire, afin que les enquêteurs puissent l’incorporer dans leur école de formation des détectives, car la plupart d’entre eux mènent correctement les entretiens. Ainsi, à tous les niveaux, l’école de formation de base, l’école de détective, l’académie de police, le collège de commandement et d’état-major, tous ces niveaux ont des impacts différents en ce qui concerne les entretiens. Je pense donc que le Ghana fait ce qu’il fait parce que c’est ce que nous savons aujourd’hui. C’est ce que nous savons. Je veux dire que c’est l’expérience que nous avons acquise au fil des ans. Mais je sais que si nous voulons vraiment atteindre notre objectif de devenir une police de classe mondiale, nous devons être de bons policiers, exceller dans tous les domaines de notre travail et nous assurer que lorsque vous présentez une affaire au tribunal, vous avez fait ce qu’il fallait, vous savez, et cela nous donnera, vous savez, les condamnations que nous voulons de la part des tribunaux. Peut-être pas autant, mais vous savez que vous avez suivi les bonnes étapes et c’est ce que le manuel nous fournit. Je pense donc que le Ghana est sur la bonne voie et que nous sommes toujours déterminés à façonner progressivement nos officiers et notre façon de penser, sans nous laisser aller à la culture ghanéenne. C’est ainsi que nous procédons et nous ne voulons pas changer. Ce manuel est un bon manuel et il contribuera grandement à aider le service.

    Ivar Fahsing

    Il s’agit de la première documentation d’une véritable norme mondiale. C’est ce que nous devrions viser. Et il est parfois beaucoup plus facile de trouver cela à l’extérieur, car vous avez alors probablement moins de discussions à l’intérieur, sur ce qu’est réellement la norme. Il est parfois très difficile de faire passer ce message au sein d’une organisation, quelle que soit votre position. Car, comme vous l’avez dit, les gens ne veulent pas changer. Nous sommes construits de cette manière, pourquoi ne puis-je pas continuer ? Vous voulez dire que je ne suis pas assez bon pour ce genre de choses typiquement humaines ? Le changement n’est pas si facile. Je pense donc qu’il est très intéressant d’entendre ce que vous dites sur l’importance de la gestion, de la supervision, et aussi de communiquer les attentes et les orientations futures. Je pense que cela témoigne d’une grande perspicacité quant à ce qui est nécessaire pour favoriser ces changements. Des recherches menées au début des années 90 en Angleterre ont permis de voir ce qui crée un changement positif dans les entretiens de sauvetage et de constater que les districts de police qui n’impliquaient pas la direction au plus haut niveau dans ce processus de changement ne prospéraient pas.

    Vous savez, du point de vue du Ghana, mais aussi parce que vous avez passé toute votre vie dans la police en Afrique de l’Ouest, quelle est la situation autour de vous ? Voyez-vous une évolution similaire dans d’autres pays africains, ou est-ce quelque chose qui se passe principalement dans votre propre pays ?

    Fanny Aboagye

    La police est presque la même lorsque deux policiers de pays différents se rencontrent. Vous voyez, ils sont très proches dans leur façon de travailler. Je suis plus que certain de dire que c’est presque la même chose pour les gens de mes sous-régions. Bien sûr, j’ai aussi l’honneur d’animer certains des cours de la formation internationale au maintien de la paix Kofi Annan, où les officiers viennent de toute la région de l’Afrique de l’Ouest et où nous aimons la collaboration policière lorsque tous ces officiers partagent leurs expériences dans leurs pays. Et en toute honnêteté, cela revient presque à la même façon de faire les choses. En ce qui concerne le manuel, je pense qu’il devrait y avoir une phase de mise en œuvre de ce manuel pour atteindre autant de pays et de continents que possible. Je dis cela parce que lorsque vous avez quelque chose qui est si bénéfique pour vous, il ne devrait pas arriver que d’autres pays autour de vous n’aient pas la même méthodologie. Je me demande donc s’il n’y aurait pas moyen d’organiser des formations. Nous avons beaucoup de centres de maintien de la paix en Afrique de l’Ouest et ces institutions peuvent être utilisées, elles peuvent faciliter le partage de ces connaissances avec un plus grand nombre de pays dans la région. Je pense donc que les organisateurs ou ceux qui ont commencé à le faire peuvent y réfléchir. Car je pense qu’en fin de compte, ce que nous voulons vraiment réaliser, c’est un processus non coercitif lorsqu’il s’agit d’interviewer.

    Lorsque vous participez à des missions de maintien de la paix, des personnes du monde entier viennent dans ces missions pour y exercer leur rôle de police. Si nous n’avons pas le même état d’esprit, nous serons nous-mêmes un problème au sein de la mission. Mais si nous avons les mêmes idées et que nous venons là-bas, nous nous complétons mutuellement. Vous savez, il peut y avoir des personnes qui seront très douées pour la formation, il peut y avoir des personnes qui seront très douées pour les entretiens, mais alors nous pourrons nous compléter. Ils ne laisseront personne de côté. Le pays que nous servons peut alors bénéficier de ces expériences. Je pense donc qu’en ce qui concerne la sous-région, nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il faut corriger beaucoup de choses en matière d’entretiens. Une phase de suivi visant à atteindre le plus grand nombre possible de personnes sera donc utile, même pour ma région, l’Afrique de l’Ouest.

    Ivar Fahsing

    Je suis tout à fait d’accord avec vous lorsque vous dites que les policiers et peut-être même les détectives du monde entier se ressemblent beaucoup. Je partage tout à fait cette réflexion. J’ai également eu la chance de mener des enquêtes presque partout dans le monde au cours de ma carrière d’inspecteur. Vous rencontrez des gens qui ont eu la même position que vous au fil du temps et vous vous sentez… C’est très intéressant que vous ayez exactement le même centre d’intérêt.

    Quel est votre parcours et comment êtes-vous arrivé à ce poste ?

    Fanny Aboagye

    Je suis aujourd’hui commissaire de police adjoint. Actuellement, je suis le commandant divisionnaire de la région du Nord-Ouest. Quand on dit que vous êtes commandant de division, cela signifie que vous avez beaucoup de districts et de postes sous vos ordres et que vous êtes responsable des opérations, de l’administration et de tout le reste, vous savez, pour cette division.

    Mon histoire dans la police est assez intéressante car j’y suis entré en tant que professionnel. Ma formation universitaire portait sur la gestion immobilière. Nous avons donc été recrutés en tant qu’agents immobiliers de l’université à la police. Puis j’ai appris ce qu « était le maintien de la paix, et mon superviseur et patron de l » époque a accepté. Nous avons donc passé l’examen de l’ONU et sommes allés au Timor-Oriental en 2002. Cela a changé ma vision du maintien de l’ordre, notamment parce qu’il s’agissait d’une zone de conflit et d’un mandat exécutif, ce qui signifie que nous devons être des policiers dans cette mission. J’ai été formé à l’utilisation des armes, aux enquêtes et à tout ce qui concerne le maintien de l’ordre dans le cadre de cette mission.

    J’ai donc eu l’occasion d’en apprendre beaucoup sur le maintien de la paix. Le maintien de la paix, la sécurité, la sûreté et tous ces concours complexes. Cela m’a permis de m’équiper pour de très nombreux concours, parce que, comme dans une mission, vous pouvez partir de quelque chose de petit pour arriver à une situation beaucoup plus complexe. Et lorsque vous travaillez dans de tels domaines, vous êtes en mesure de vous adapter aux différents concours auxquels vous êtes confronté.

    Mon poste actuel a été créé en janvier de cette année. C’est à ce moment-là que j’ai été transféré dans ma division actuelle. Jusqu’à présent, je dirais que cela fonctionne bien. Comme j’ai accumulé toutes ces expériences auparavant, il m’est assez facile de gérer la division.

    Nous faisons de notre mieux pour amener la police à la porte des gens et ne pas abuser des privilèges qui accompagnent le travail, car parfois, lorsque vous portez l’uniforme, vous semblez être une personne différente. Nous essayons donc d’établir davantage de contacts avec nos clients et de les informer sur ce qu’ils doivent faire lorsqu’ils sont confrontés à tous ces conflits. Nous essayons également de mener des enquêtes appropriées.

    Je continue, je veux dire, à aller de l’avant dans ce que je fais et à m’assurer que partout où je suis, j’apporte un impact à la fois aux agents et même aux clients que nous rencontrons, vous savez, et que la police n’est pas… pour ainsi dire, la façon dont les gens les regardent, comme s’ils avaient très peur d’eux, mais qu’elle est si proche des gens qu’ils savent que la police est l’amie de la population.

    Ivar Fahsing

    C’est tout à fait fascinant. Ce qui me frappe, Fanny, et je n’y avais jamais pensé de cette manière avant d’entendre votre histoire, c’est que ce que nous appelons en Norvège la police de maintien de la paix est en fait un travail très transformateur.

    Vous arrivez dans des régions qui sont parfois dépourvues de toute structure, de toute gouvernance et de toute sécurité, et vous devez commencer à construire quelque chose et à transformer. Je pense donc que votre expérience est très importante, de même que les compétences que vous possédez et les choses que vous avez vues, non seulement dans votre propre région, mais aussi dans le monde entier. Cela doit être un atout considérable dans votre position, et cela vous donne aussi une perspective qui vous permet d’analyser où nous en sommes, ce que l’on devrait attendre de nous, ce qu’est réellement la police.

    Vous êtes vous-même une femme officier, quel était le taux de féminisation à l’époque ?

    Fanny Aboagye

    Je pense que nous représentons aujourd’hui environ 27 % de nos homologues masculins. Au Ghana, nous avons donc un nombre assez élevé de femmes dans les bureaux. La majorité d’entre elles sont bien sûr des officiers subalternes, mais même dans le noyau supérieur, nous devrions probablement représenter 15 à 17 % du noyau supérieur. C’est donc très encourageant et les bureaux juniors nous admirent beaucoup.

    C’est très encourageant et j’apprécie également le fait que notre administration actuelle nous envoie sur le terrain. Cela montre que le travail opérationnel de la police n’est pas réservé aux hommes et qu’ils introduisent beaucoup d’officiers supérieurs dans les régions, ce qui est très… C’est très bien et très intéressant parce que… Peut-être qu’auparavant, il y a des années, les officiers supérieurs, parce qu’ils étaient si peu nombreux, étaient tous concentrés au siège, vous savez, et ne sortaient pas beaucoup. Cela nous a donc donné l’occasion de faire nos preuves en tant que femmes et de faire le travail. Les gens nous considèrent également comme des égales.

    Comme nous l’avons déjà dit à propos du changement, il y a toujours… cette difficulté à changer, mais une fois que les autorités ou les officiers supérieurs vont dans cette direction, ils sont capables d’entraîner tout le monde dans cette direction et je pense donc que les femmes s’en sortent plutôt bien au Ghana aujourd’hui. Nous avons beaucoup de femmes officiers supérieurs de police, très intelligentes et travailleuses, et nous faisons toutes notre part pour aider le service et y apporter notre contribution.

    Ivar Fahsing

    Je suis sûre que vous êtes un modèle fantastique et je veux partager avec vous, parce que je pense qu’il y a aussi une question de genre dans la transformation vers l’interview d’investigation, comme vous l’avez dit vous-même, nous essayons de nous éloigner des styles accusateurs, orientés vers la confession, qui sont très souvent liés à une sorte de manière macho de la police, c’est-à-dire que vous êtes intimidant, c’est moins naturel pour les femmes.

    Et je pense que la manière non conflictuelle, communicative et à l’écoute active est au moins quelque chose que nous avons vu en Norvège il y a 20-25 ans, et qui était beaucoup plus naturelle.

    Fanny Aboagye

    Pour les femmes.

    Ivar Fahsing

    Pour les femmes. Je dois donc dire que, probablement en Norvège, on constate aujourd’hui que le niveau supérieur, le niveau d’excellence des enquêteurs dans nos affaires les plus profilées est majoritairement composé de femmes. Non seulement aux postes de direction, mais aussi parmi les enquêteurs chargés des entretiens opérationnels. C’est un véritable défi que d’entrer dans cette pièce et de voir quelles informations vous pouvez faire ressortir avec pertinence et de manière professionnelle. C’est une tâche essentielle dans toute enquête de haut niveau, et tout repose sur les épaules de femmes professionnelles.

    Je pense qu’il s’agit également d’une question de dynamique, car après tout, au moins pour les crimes les plus graves, ce n’est un secret pour personne que la plupart des auteurs sont des hommes. Le risque d’un combat de coqs à l’intérieur de la salle d’interrogatoire est donc bien moindre si vous avez une enquêtrice.

    C’est du moins notre expérience. Et je pense que cette question du genre dans la transformation vers l’interview d’investigation n’est pas suffisamment communiquée. Je pense qu’elle est très importante, non seulement pour la production de bons entretiens, mais aussi pour la transformation de la culture qui l’entoure.

    Fanny Aboagye

    Oui, absolument. Je suis d’accord.

    Ivar Fahsing

    Avant de conclure, j’aimerais vous poser une dernière question. Si vous regardez le monde aujourd’hui, vous verrez que tout ne va pas dans le bon sens. Nous avons des conflits, nous avons aussi des développements politiques qui ne sont pas très optimistes.

    Néanmoins, nous promouvons un mode d’entretien plus axé sur les droits de l’homme dans ce monde hostile. Je suppose que certains qualifieraient nos efforts d’un peu naïfs et trop optimistes. Mais vous semblez y croire et vous battre pour cela. Que pensez-vous de votre avenir ?

    Fanny Aboagye

    Je comprends ce que vous dites et c’est une situation très difficile que nous avons aujourd’hui parce qu’il n’y a pas beaucoup de transparence dans le monde, ce qui rend… Il est très difficile d’opérer dans le contexte qui est le vôtre parce que vos patrons reçoivent des instructions dans une direction qui favorise probablement le gouvernement ou l’espace politique et que cette information n’est pas indispensable.

    Vous vous demandez donc parfois pourquoi vous mettez en avant un bon programme qui n’est pas adopté par le sommet de la hiérarchie. Parce que le sommet lui-même a du mal à trouver ses marques. Nous ne sommes pas naïfs. Je pense que ce manuel apporte des connaissances, une prise de conscience et une grande compétence. Peut-être qu’il n’avance pas aussi vite que nous l’aurions voulu pour des raisons évidentes, vous savez, pour l’espace politique, pour… Certaines personnes sont même inflexibles face au changement. Certaines de nos autorités n’aiment tout simplement pas cela. C’est ce qui nous donne une bonne image, en obtenant plus de condamnations, et vous savez, en cochant la case. Vous savez, combien de personnes avez-vous pu poursuivre la dernière fois, vous savez, alors toutes ces choses vont entraver les premiers progrès ou la première mise en œuvre des principes de ce manuel.

    Ce n’est pas naïf. Comme je l’ai déjà dit, notre tâche consiste à nous assurer qu’au moins les cadres moyens, les superviseurs, s’emparent de cette idée et l’adoptent. Nous ne sommes pas non plus naïfs, car certains aspects semblent presque impossibles, mais je crois que les entretiens d’investigation ne sont pas menés au sommet de la hiérarchie. Elle se fait surtout au milieu, vous savez. C’est donc notre espace.

    Et nous devons nous assurer que notre espace est bon, qu’il est intact, qu’il n’est pas coercitif. En fin de compte, cet espace va donner une bonne lumière à l’espace politique, n’est-ce pas ? Je sais qu’il sera difficile d’imprégner l’espace politique. Mais jusqu’à présent, si nous parvenons à faire en sorte que l’espace policier soit bon et intact, le gouvernement et toutes ces choses commenceront à apprécier, vous savez, ce que nous faisons en tant qu’officiers de police. Mais il s’agit là d’un contexte et d’un scénario très difficiles.

    Ivar Fahsing

    Je suis tout à fait d’accord et c’est tellement fondamental ce que vous dites que l’espace policier consiste à créer la confiance, ce qui est absolument fondamental pour notre légitimité en tant qu’agents d’application de la loi si vous n’avez pas cette confiance fondamentale dans votre propre population.

    Comment pouvez-vous même faire ce travail ? Cette confiance se crée lors des réunions quotidiennes. Chaque jour, nos agents rencontrent certains de leurs concitoyens. Et comment développer cette rencontre ? Comment faites-vous preuve de dignité ? Quelle que soit la difficulté de la situation, restez professionnel et suivez vos méthodes et vos codes éthiques, et cela vous mènera très loin. Je pense que nous parlons, comme vous le dites, des valeurs fondamentales absolues de la police. Je partage donc votre optimisme, même dans une période un peu sombre du monde, et je pense qu’il est d’autant plus important que nous nous battions pour ces principes fondamentaux, non seulement du maintien de l’ordre, mais aussi de la dignité humaine.

    Fanny Aboagye

    Absolument.

    Ivar Fahsing

    Eh bien, à part cela, Fanny, je ne vais pas vous voler davantage de votre précieux temps et je vous remercie pour cette conversation très intéressante. J’ai beaucoup appris de vous.

    Fanny Aboagye

    C’est également le cas ici.

    Ivar Fahsing

    Je vous souhaite bonne chance dans votre future mission. Nous vous remercions. J’espère que nous pourrons coopérer.

    Fanny Aboagye

    Oui, sans aucun doute. A l’avenir.

    Ivar Fahsing

    Je vous remercie de votre attention.

    Fanny Aboagye

    Merci beaucoup.

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    3 Septembre 2024
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